Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/21

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

âme de seize ans aux prises avec la douleur ? Il ne devinait pas la douceur d’une légère sympathie pour cette pauvre âme anxieuse ?… Non, rien de cela, mais la froide indifférence bien prévue, hélas ! d’après ses missives.

Alors — éternelle question — pourquoi demandait-il leur tutelle ?…

La nuit était maintenant complète et, là-haut, étincelaient les premières étoiles. L’air, plus vif, apportait des exhalaisons marines… À travers un rideau d’arbres, quelques lumières brillaient, des silhouettes de maisons s’estompaient. C’était là, sans doute, Ségastel.

La voiture s’engagea bientôt dans un chemin cahoteux, bordé de haies… Alix, pressentant que l’on approchait, joignit les mains ; ses yeux se levèrent vers le ciel.

— Mon Dieu ! donnez-moi un peu de courage ! Vous êtes mon seul soutien… Secourez-moi, ô mon Dieu !

Et, comme toujours après de semblables prières, la jeune fille, fortifiée et calmée, sentit renaître sa confiance… Elle se pencha pour essayer de distinguer ce qu’il y avait au-dehors, mais on ne voyait, de chaque côté, qu’une masse sombre qui paraissait un bois… Tout à coup, la voiture tourna brusquement ; il sembla à Alix qu’elle avait franchi une porte et se trouvait dans une cour, sans doute fort vaste, car le piteux véhicule mit un certain temps avant d’atteindre la demeure que l’on devinait dans l’ombre. Aucune lumière aux fenêtres, aucun bruit décelant la présence d’êtres quelconques…

Fanche avait arrêté son cheval et attendait, immobile comme un terme… Miss Elson sursauta et s’éveilla, les enfants ouvrirent les yeux, et Alix allait enfin se décider à interroger leur bizarre conducteur… Mais une raie de lumière glissa sous la porte,