Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/212

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de dévouement et d’amour. Jamais, en un seul instant de sa vie, Gaétan n’avait oublié ce qu’il devait à sa sœur et, cependant, bien rares avaient été les occasions où il lui avait laissé voir cette reconnaissance… Mais, en cette minute, son âme concentrée s’ouvrait toute grande sous les effluves du divin amour, laissant déborder la gratitude sans limites dont elle brûlait tout à la fois pour Dieu et pour celle qui l’avait menée à Dieu.

La main de la jeune fille chercha celle de son frère et la serra étroitement.

— Que je suis heureuse ! murmura-t-elle avec une douce émotion.

Ses yeux sans lumière se levèrent vers le ciel, ses mains se joignirent dans un geste d’action de grâces… et, tout à coup, un sanglot étouffé retentit.

— Ma sœur !… oh ! ma pauvre Alix ! dit Gaétan d’une voix altérée. Oui, il faudra nous séparer, pour longtemps…

Les mots « pour toujours peut-être » étaient sur ses lèvres, mais il les retint… Sa physionomie témoignait d’une torture aussi intense que celle qui pâlissait le visage d’Alix.

— Que la volonté de Dieu soit faite ! dit à son tour la jeune fille en essayant de réprimer le brisement de sa voix. Nous sommes ses enfants. Il nous aime et nous l’aimons… Qu’importe la souffrance, fût-elle de toute une vie !

Ils avaient atteint le petit bois précédant Bred’Languest. Au-dessus d’eux, les branches dépouillées, couvertes de givre, s’étendaient en un dôme blanc, bizarrement ajouré. Entre les troncs grisâtres tachetés de mousse, l’œil se perdait dans un lointain vague et brumeux… Dans le jour terne de cet après-midi de décembre, Alix et Gaétan, maintenant silencieux, avançaient à pas lents, absorbés dans leurs pensées semblables. Quelque chose s’agitait, gémis-