Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/219

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Il était demeuré très jeune de caractère, très caressant, et, instinctivement, son frère et sa sœur le traitaient toujours en enfant.

— Toi, tu es un Sézannek, répondit Alix en caressant tendrement les cheveux noirs qui bouclaient toujours, malgré les coupes fréquentes imposées par l’École.

— C’est-à-dire un être de second rang, incapable de vos héroïsmes et de vos grands sacrifices ? dit-il avec une petite moue. Tu crois cela, Alix ?… Eh bien ! qu’il y ait la guerre, tu me verras à l’œuvre !… D’abord, j’irai dans l’armée coloniale, j’y suis bien décidé, car je ne pourrais pas vivre en garnison, vois-tu, Alix, je ferais des sottises… Vous m’approuvez tous deux, n’est-ce pas ?

Gaétan regarda sa sœur avec une tendre compassion. Un pli profond s’était creusé sur le front blanc de la jeune aveugle, ses lèvres tremblaient… mais ce furent les seuls signes de l’impression douloureuse ressentie… Elle répondit d’une voix ferme :

— Certes, mon enfant, tu as absolument raison ; je te l’ai déjà dit chaque fois que tu m’as parlé de cette idée.

Et, de fait, la sœur héroïque avait contribué à la faire germer en ce cerveau léger, préférant le savoir loin d’elle, exposé aux dangers physiques, mais demeurant honnête, plutôt que livré, en France, à toutes les tentations guettant cet être comblé des dons de la fortune.

— Tu ne dis rien, Gaétan ?… L’opposition viendrait-elle de toi, destiné à une vie plus aventureuse encore ?

— Non, certes ! répondit le jeune prêtre avec vivacité. Je suis de l’avis d’Alix, mon petit Xavier. Comme elle, comme toi, je suis persuadé que tu ne ferais rien en garnison.

— J’ai l’approbation de tout le monde, tant