Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/222

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colie des journées d’automne finissantes. Une lumière pâle, dernier reflet du soleil couchant, tombait à travers les ramures enlacées, auxquelles se balançaient quelques feuilles jaunes ou rougeâtres, d’autres vertes encore ou, parfois, possédant ces trois nuances en un harmonieux assemblage… Une forte brise agitait les branches rousses tachetées de vert et faisait frissonner les feuilles mortes jonchant le sol. Dans l’air flottait une senteur vivifiante, faite d’exhalaisons marines et des parfums délicats, presque insaisissables, s’échappant des mousses humides, des troncs encore traversés de la sève ralentie, des feuilles mouillées et de la terre fraîche…

Et la vieille demeure apparut aux regards des jeunes gens, avec ses murs roux lamentablement crevassés, ses toits moussus montant des ouvertures béantes, sa tour de Saint-Conan un peu plus dégradée, mais toujours debout, et les ruines de la tour de la comtesse Anne, complètement effondrée l’année précédente… Ce lieu maudit avait vu sa fin, à la grande allégresse de Mathurine. Sur ces débris enchevêtrés, sur ces pierres brisées et ces pans de muraille, le lierre avait déjà jeté sa parure sombre, grimpant en festons, en capricieuses guirlandes, luttant contre les plantes parasites qui poussaient audacieusement entre les interstices. Plus que jamais l’herbe envahissait la grande cour, gagnant jusqu’aux marches qui conduisaient au salon de la tour.

Tout alentour du vieux logis, les feuilles aux tons rouilles voletaient comme de mélancoliques papillons et, vers la droite, le petit bosquet dressait ses arbustes dénudés sous lesquels se voyaient encore, à demi pourris et couverts d’une moisissure verdâtre, la table rustique et les sièges dont s’étaient si souvent servis Alix et ses frères.

Mais, en cette minute, la lueur pâlissante du soleil mourant s’épandait sur cette vétusté, la puissante