Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/32

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n’avait pas même épargné les dalles de la cour d’honneur… Là se voyait un large perron, effrité et verdi, qui menait au rez-de-chaussée du corps de logis central. Les fenêtres étaient closes de volets disjoints, d’une indéfinissable nuance, mais celles du premier étage, donnant sur une galerie de pierre à demi effondrée, montraient leurs vitres fendues, devenues opaques sous la couche de poussière qui les couvrait.

Sur ce corps de logis avançaient, en saillie légère, deux ailes courtes terminées chacune par une grosse tour ronde. L’une de celles-ci, qui renfermait l’appartement dévolu aux enfants de Sézannek, paraissait en suffisant état de conservation, comme l’aile dont elle faisait partie, mais il n’en était pas ainsi du côté opposé. La ruine avait irrémédiablement atteint les nobles murailles, effritant la pierre, y creusant de larges blessures à demi voilées par les longues traînes sombres du lierre… Et ce lierre protecteur s’étendait aussi comme un rideau austère devant les fenêtres béantes, devenues le domicile des oiseaux, gagnait les créneaux brisés presque ensevelis sous cette avalanche de verdure, retombait mollement pour se laisser bercer au souffle de la brise matinale. Sur cette décrépitude, le soleil jetait ses magiques lueurs, donnant aux vieux murs d’admirables tons brun doré et enveloppant la tour noire et croulante d’une lumière douce comme une caresse.

— Cela est triste… et bien beau pourtant ! dit Alix avec une émotion mélancolique. Sans doute, ma pauvre maman s’est promenée bien souvent, ici, et peut-être avait-elle aussi sa chambre dans cette tour… Mais comme tout paraît pauvre et en ruine ! Mes grands-parents doivent être bien peu fortunés pour laisser leur demeure en cet état.

— D’après les renseignements pris, ils sont totalement ruinés… Allons, ne demeurez pas à cet air