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Page:Delphine de Girardin - Poésies complètes - 1856.djvu/99

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La perruque de mon vieux maître d’écriture,
Pendant plus de deux ans, a servi de pâture
À ma gaîté ; — parfois je me rappelle encor
Ses reflets ondoyants, mêlés de pourpre et d’or.
Cette perruque-là, c’était tout un poème ;
Ses malheurs surpassaient ceux d’Hécube elle-même.
Perruque de hasard, achetée à vil prix,
Elle était pour son maître un objet de mépris.
Soumise au même sort que la Reine de Troie,
D’un fatal incendie elle se vit la proie,
Un soir que, fatigué d’un paraphe en oiseau,
L’imprudent s’endormit sur les bords d’un flambeau  !
Elle avait été belle au temps de sa jeunesse ;
Les cheveux en étaient d’une extrême finesse,
Mais rares, attestant la marche des hivers ;
Partout ravins profonds, partout sentiers déserts ;
De leurs fils espacés on eût compté le nombre.
Jadis peut-être un sage a rêvé sous son ombre ;
Dans ses anneaux bouclés, peut-être bien des fois
Un poète rêveur a promené ses doigts ;
Et peut-être elle avait — qu’un roi me le pardonne ! —
De nobles souvenirs qu’envîrait la couronne.
Vaut mieux être, à mon sens, neige sur le mont Blanc
Que panache orgueilleux sur un guerrier tremblant ;
Mieux vaut, dans la forêt, être le gui du chêne
Que l’aigrette qui pare un chardon dans la plaine.
Perruque de Rousseau ! tu vaux mieux, selon moi,
Qu’une couronne d’or au front d’un mauvais roi !

                                ――

À quinze ans, que la vie est décevante… et belle !
L’erreur prend chaque jour une grace nouvelle.
C’est ce brillant palais des MILLE ET UNE NUIT,