Page:Denikine - La décomposition de l'armée et du pouvoir, 1922.djvu/3

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AVANT-PROPOS

Dans le chaos russe, d’où s’élèvent, comme un brouillard, des vapeurs de sang, des vies humaines périssent et les contours réels des événements historiques s’effacent.

C’est pourquoi, malgré la difficulté et les lacunes d’un travail accompli dans l’exil, — sans archives, sans documents, sans pouvoir m’entretenir de vive voix avec ceux qui ont pris part aux événements — j’ai décidé de publier mon étude.

Dans le premier livre il est surtout question de l’armée russe à laquelle ma vie est indissolublement liée. Les questions politiques, sociales, économiques, ne sont abordées que dans la mesure où il est nécessaire de retracer leur influence sur la progression de la lutte.

En 1917, l’armée a joué un rôle décisif dans les destinées de la Russie. La part qu’elle a prise à la révolution, sa vie, sa démoralisation, son effondrement, tout cela doit servir de leçon et d’avertissement à ceux qui sont appelés à reconstruire la vie russe.

Il doit en être ainsi non seulement dans la lutte contre les oppresseurs actuels du pays. Après la chute du bolchevisme, à côté de l’œuvre immense de la régénération des forces morales et matérielles du peuple russe, se posera, avec une acuité sans égale dans l’histoire de notre patrie, la question de sauvegarder la souveraineté nationale de ce peuple.

Car, au delà de la terre russe, les fossoyeurs brandissent déjà leurs bêches et les chacals, dans l’attente de sa mort, montrent les dents.

Leur attente restera vaine. Du sang, de la boue, de la misère matérielle et morale, le peuple russe se redressera dans toute sa force et dans toute sa sagesse.

A. Denikine.
Bruxelles 1921.