Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/101

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que Balzac fut le premier à signaler, et qui depuis n’a échappé à personne. Aujourd’hui, M. de Belloy s’est trouvé servi par cette persistance d’esprit français et de veine classique devant un modèle qu’aurait défiguré notre langue tourmentée, excellente pour rendre un Catulle ou un Théocrite, ces coloristes de l’antiquité, impropre à reproduire Térence, cet ami du dessin correct, aux contours réguliers, aux lignes harmonieuses. Ainsi, prenez indifféremment le poëte latin ou son interprète français, vous avez également Térence sous les yeux. C’est le plus bel éloge que l’on puisse faire d’une traduction.

Le rare mérite de l’œuvre de M. de Belloy est donc pour nous hors de cause. Nous avons cependant annoncé un désaccord. Sur quoi porte-t-il ? Ce n’est sur aucun détail de cet ouvrage achevé. Et pourtant nous nous croyons le droit d’arrêter au passage ce traducteur impeccable et d’entrer en controverse avec lui. C’est que toute œuvre de ce genre soulève une question sur laquelle le critique est appelé à donner son avis au public. Quelle est la valeur absolue du modèle reconquis pâr l’imitation ? Cette question ne peut être éludée. N’avez-vous pas vu, quand Daphnis et Chloé a reparu, récemment, M. Sainte-Beuve, M. Caro, M. E. Montégut donner tour à tour leur vote raisonné sur cette œuvre naïve et savante ? Les notions sur l’antiquité sont si incertaines ou si banales, qu’il est du devoir de tous de contribuer à les préciser. Car il se fait aisément sur ces maîtres lointains de Rome ou de la Grèce une tradition inexacte, excessive dans le sens