Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/122

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


exemples des siècles barbares ne prouveraient rien contre la Grèce civilisée. Mais là encore il y a un progrès. Comparez à la façon brutale dont ces infortunées sont traitées par les patriarches, les égards qu’Achille témoigne à Briséis, la douceur d’Agamemnon envers Cassandre. Tecmesse, qui ose combattre l’égarement d’Ajax, et, bien que rebutée, lui opposer son inquiétude, n’est plus l’esclave, mais la compagne. Mais combien plus aimantes encore nous apparaissent Pénélope, Andromaque et surtout Alceste, qui se jette, victime volontaire, entre son mari et la mort, et qui la première attache à la tendresse nuptiale cette suprême consécration du sacrifice !

Un certain idéal de la Passion, un idéal plus arrêté du Devoir s’étaient révélés à la Grèce. Mais que cet idéal était encore relatif et imparfait ! Le gynécée restait une prison où l’amour ne pouvait pénétrer que par aventure, comme un oiseau qui a peur des cages. La femme était trop dépendante ou trop recluse, trop étrangère à la vie de son époux, pour que la sollicitude d’une Andromaque ou l’abnégation d’une Alceste pussent se propager. Il se fit deux réactions contre l’existence du gynécée, contre ce mariage sans communauté