Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/183

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courent à la destinée d’un génie. Il n’est pas indifférent de rechercher l’homme dans l’enfant ; on l’y trouverait souvent tout entier. Le reste n’est qu’un développement. Dites-nous quel fut le gland, nous dirons : « Tel devait être le chêne ! » Eh bien ! c’est la vie d’un grand poëte, nécessaire à l’intelligence de son œuvre, que nous raconte jusqu’en 1843, jour par jour, heure par heure, un témoin presque quotidien, favorisé des plus intimes confidences, revêtu, pour cette mission, de droits supérieurs et sacrés, et doué, pour la remplir, d’un talent rare dont plus d’un homme envierait la saine et correcte vigueur, la forte simplicité, curieusement alliées à une grâce féminine, à un tact tout particulier qui fait penser à la chasteté de la mère de famille plus encore qu’à la réserve d’un écrivain scrupuleux.

Ce témoin a le talent, l’information, l’autorité. Que notre attention lui soit donc sympathique : car, à défaut de Victor Hugo lui-même, nul ne pouvait avec plus de sûreté nous retracer cette première moitié d’une grande existence. Victor Hugo lui-même eût-il mieux réussi ? Moins heureusement sans doute pour la postérité, qui tiendra compte au poëte de n’avoir pas édifié, comme tant d’autres, un de ces monuments fastueux et mensongers qu’on appelle des Mémoires. Que d’excellents écrivains y ont échoué du reste ! Triste et douteux succès pour celui qui n’échoue pas ! Que d’écueils à ce genre ! Nous admettons les mémoires d’un politique tel que Richelieu, d’un homme de cour comme Saint-Simon, d’un simple homme de lettres comme