Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/217

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athénienne. Pourquoi donc appeler Eschyle le grand Grec, Eschyle qui (M. Victor Hugo le reconnaît ailleurs) semble à certains moments dépaysé dans lAttique comme un transfuge de l’Orient ? Le grand Grec serait Aristophane, cette âme mobile de la multiple Athènes, si ce n était encore plus le divin Platon.

Platon exclu de la famille des génies ! qu’en auraient dit Pétrarque et l’enthousiaste Renaissance et notre Lafontaine ? Platon philosophe, orateur, poëte comique, poëte épique à la fois dans le même dialogue, passant de l’ironie au sublime, comme Alcibiade d’un plaisir à un triomphe, comme Aspasie d’un festin de Callias à l’oraison funèbre de Ménexène. Avoir fait le Phèdre et le Banquet, créé des mythes comparables à ceux d’Hésiode (1), découvert les lois éternelles de la Beauté, institué le culte idéal de l’amour, deviné peutêtre le poëme de l’Ame dans les conceptions les plus grandioses, pour se voir rejeté parmi les talents secondaires, à quelque distance de Térence et de Salluste ! Et cela quand, plus sûrement qu’Eschyle ou qu’Homère, on est l’image idéale d’une civilisation flexible et d’un peuple épris du Beau, quand seul on peut disputer à Aristophane et à Sophocle le droit de représenter la Grèce aux yeux ravis de la postérité !

Et le grand Latin serait Juvénal ? La réflexion nous a dit depuis longtemps : « C’est Virgile ». Ceci, pour nous, n’enlève rien à la splendeur de Juvénal, de Tacite, de Lucrèce. Mais Virgile a donné dans ses

(1) Her l’Arménien, ta Caverne, la Naissance des Cigates, etc., etc.