Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/241

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révolutionnaire consiste à revendiquer des priviléges en faveur des blouses sur les habits brodés. Je ne veux pas outrer la pensée de Victor Hugo en la discutant ; je crains seulemënt les interprétations que des esprits médiocres pourraient en tirer. Ne créons pas à l’ouvrier, au paysan, une supériorité imaginaire ; constatons ses droits à l’égalité future, et facilitons-lui l’ascension ; élevons ceux qui sont en bas, mais ne descendons pas vers eux, autrement nous pourrions courir le risque d’être justement marqués de cette énergique flétrissure antique : « Plebicola ! » Il y a les flatteurs du peuple comme les adulateurs des rois. Fût-ce un instant, je ne voudrais pas qu’on pût confondre Victor Hugo avec les complaisants de la foule.

Je n’ai pas énuméré tous les chefs-d’œuvre du livre ; un poëme reste, mais si beau, si touchant, si grandiose’, que je le mettrais peut-être au-dessus de tous les autres : c’est la Célébration du ii Juillet dans la forêt. Un chêne séculaire, chêne contemporain de la Bastille assiégée, témoin de notre épopée impérissable, est fêté dans la forêt comme un aïeul par tous les jeunes arbres enthousiastes et pieux autour de ce patriarche, à l’anniversaire glorieux de cet arbre épique, dont le feuillage est encore plein des rumeurs d’un peuple libre. Jamais l’idée de liberté n’a été plus simplement, plus grandement associée à l’idée de nature. Voilà, si je ne me trompe, la note suprême, le cri définitif de la vraie poésie moderne. Certaines strophes font jaillir des larmes comme une pluie d’été douce et chaude :