Page:Descaves - La Vie douloureuse de Marceline Desbordes Valmore.djvu/133

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
111
L’ÉPOUSE

À travers ses larmes, elle reconnut — avec un peu de bonne volonté de part et d’autre — le bambin qu’elle avait caressé, à Bordeaux, au temps de son adolescence à elle et de son enfance à lui. C’était un sujet de conversation. Il y en avait encore un dans ce fait qu’ils étaient deux victimes, l’un de la Comédie-Française, l’autre de l’Odéon. Enfin, jeune premier, Valmore jouait généralement dans les pièces où, jeune première, Marceline tenait un rôle. Ils ne furent ni les premiers, ni les derniers que ces parties sans enjeu, incitèrent à risquer quelque chose.

Un rapport de l’inspecteur Duverger sur les théâtres de province, reproduit par M. J. Boulenger, rapport cruel en ce qui concerne Marceline, la représente comme ayant, à cette époque, « un physique très usé, toujours du talent, mais trop de sensibilité ».

Mais un physique usé, très usé même, n’a jamais empêché un jeune comédien de s’éprendre d’une actrice plus âgée que lui. C’est, au contraire, la règle, et ces ménages, légitimes ou faux, sont souvent les plus indestructibles. Le mari semble partager l’opinion de cet ambasseur d’Espagne qui répondait à Mme de Lieven lui demandant ce qu’il pensait de la ravissante lady Seymour :

— Trop jeune et trop fraîche ; j’aime les femmes un peu passées.

Quant à l’excès de sensibilité que montrait Marceline, il était trop dans sa nature pour que Valmore ne lui trouvât point de charmes. Diderot