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MARCELINE DESBORDES-VALMORE

blèmes économiques, Mme Valmore, en revanche, était plus sensible qu’une autre aux réalités immédiates qui sollicitaient ses yeux, sa main et son cœur. Vivant, elle-même pauvrement au milieu des pauvres, elle savait à quoi s’en tenir sur la légitimité de leurs revendications et le feu de paille de leur colère. Poussés à bout, ils s’étaient emportés à un acte de violence qui leur avait révélé leur force, et ils n’en revenaient pas ! Ils se confondaient en démonstrations qui ressemblaient à des excuses ; ils perdaient leur temps à protester d’innocence et de fidélité aux lois. On les avait vus, maîtres de Lyon pendant quelques jours, y maintenir l’ordre, organiser des patrouilles pour escorter les passants et faire respecter la propriété. On avait vu des hommes exténués, pieds nus, en haillons, des ouvriers de tous les corps de métiers, assurer les perceptions aux limites d’octroi !

« Ce peuple affamé, écrivait Marceline, a été retenu comme par l’impossibilité d’être méchant. Ce phénomène n’a été signalé par personne, mais j’ai senti plusieurs fois fléchir mes genoux par la reconnaissance et l’admiration. Nous attendions tous le pillage et l’incendie, et pas une insulte, pas un pain volé ! C’était une victoire grave, triste pour eux-mêmes qui n’ont pas voulu en profiter. » Hélas ! ils avaient appris non pas à commander, mais à obéir. Ils retournaient à leur habitude. Tout était calme ; ils avaient rendu leurs armes et rassuré tout le monde… hormis le duc d’Orléans