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DE THÈBES. INTRODUCTION.

tières éminemment inflammables dont les hypogées sont remplis.

Tout ce faste et toute cette magnificence des tombeaux, tous ces soins apportés à la conservation de la dépouille mortelle de l’homme, seraient entièrement incompréhensibles, si les mœurs et les croyances religieuses des Égyptiens n’en développaient le motif. On sait combien ce peuple se livrait au sentiment de la reconnaissance, dont les lois mêmes lui faisaient un devoir. Il faut ajouter encore, si l’on en croit les anciens historiens, que les tombeaux n’étaient pas seulement des monumens sacrés qui devaient porter aux siècles futurs la mémoire des grands princes, mais qu’ils étaient encore regardés comme des demeures éternelles[1] : car les Égyptiens ne pensaient pas que l’existence fût restreinte aux limites resserrées de la vie[2]. Les maisons n’étaient considérées que comme des hôtelleries, où l’on n’était qu’en passant : les demeures véritables étaient les tombeaux que l’on devait habiter durant des siècles infinis.

En quittant la partie de la chaîne libyque où sont creusées ces grottes nombreuses, si l’on monte sur le sommet le plus élevé des rochers calcaires qui forment la vallée des tombeaux des rois, on domine sur toute la

  1. Diod. Sieul. Biblioth. hist. l. i, sect. 2, pag. 60, ed. 1746
  2. D’après les témoignages des anciens auteurs, une des croyances religieuses des Égyptiens était que les ames n’abandonnaient les corps que lorsque ceux-ci avaient éprouvé une entière destruction : alors ces ames quittaient les enfers pour venir animer de nouveaux corps, en commençant par ceux des plus vils animaux, et s'élevant par degrés jusqu’aux plus nobles, pendant l’espace de trois mille ans, au bout desquels elles rentraient dans des corps humains. Voyez le savant ouvrage de Zoega, De origine et usu obeliscorum, sect. iv, cap. i, pag. 294 et seq.