Page:Desjardins - Les Juifs de Moldavie, 1867.djvu/10

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donc avoir la valeur ni la portée qu’on leur a attribuées en Occident.

Il importe donc de dire ce que c’est que le Juif Roumain et le Juif étranger. Sur les quatre cent mille Israélites de Roumanie, il n’y en a pas la moitié qui soit née dans le pays. C’est donc par suite d’une fausse information que M. Crémieux a pu dire : « La Roumanie, quand elle s’est formée, les a trouvés établis longtemps avant sa création. » Ceux qui connaissent la question et l’ont apprise ici ne liront pas sans quelque surprise le passage où il est dit : Que les Juifs de Moldavie sont fixés dans ce pays depuis la prise de Jérusalem par Titus. Voici la vérité sur ce point capital.

La majorité des familles juives habitant la Roumanie est, de naissance comme de volonté, de mœurs, d’esprit et de langue, étrangère au pays. Elle y est venue par émigration de l’Autriche et de la Russie. Cette émigration a commencé il y a bien des années, mais elle est devenue surtout très-active au temps du gouvernement de Michel Stourza. Ce n’est pas qu’on les attirât dans le pays ; mais le mouvement de ce qu’on peut appeler une invasion étrangère a été déterminé par les mesures prises dans les deux États limitrophes. Le nombre des Juifs allant toujours croissant dans les contrées voisines, en raison de la vertu prolifique de cette race, où les mariages se font de bonne heure et où la tradition des douze fils de Jacob s’est pieusement conservée, les gouvernements russe et autrichien crurent devoir se débarrasser d’un trop-plein nuisible au bien-être des sujets des deux empires. La Russie s’avisa de purger les villes des vagabonds qui les encombraient et des foyers de pestilence qui résultaient d’une agglomération malsaine, en obligeant les Juifs à coloniser les terres voisines de la mer Noire et à