Aller au contenu

Page:Desmoulins, Camille - Le Vieux cordelier (n°7).pdf/26

La bibliothèque libre.
Cette page a été validée par deux contributeurs.
(140)

Mais en méditant sur la naissance, les progrès et la chûte de la République, je me suis convaincu que les animosités, l’amour-propre et l’intempérance de langue, leur avoient plus nui que le mulet chargé d’or de Philippe. Ciceron blâme Caton d’écouter sa vertu intempestive, qui nuit, dit-il, à la liberté, et lui-même lui nuit cent fois davantage, en écoutant trop son amour-propre, et en publiant la seconde Philippique qui rend M. Antoine irréconciliable. Cicéron oublie ce qu’il avoit dit lui-même, qu’il y a des coquins, tels que Sylla, dont un patriote doit taire le mal, et respecter jusqu’à la mémoire, après leur mort, de peur que si on venoit à casser leurs actes, l’État ne soit boulversé. Le républicain qui ne sait pas sacrifier sa vanité, ses ressentimens, et même la vérité à l’amour du bien public, est aussi coupable que celui qui ne sait pas lui faire le sacrifice de son intérêt personnel. L’avarice n’a point fait plus de mal à la patrie que d’autres passions dont le nom est moins odieux. Par exemple, la jalousie du pouvoir et la rivalité, l’amour de la popularité et des applaudissemens. Le patriote incorruptible est celui qui ne considère que le bien de la patrie, et dont l’oreille est aussi fermée et inaccessible aux applaudissemens des tribunes ou aux éloges de ses sous-