Page:Desportes - Premières œuvres (éd. 1600) II - Les Amours d'Hippolyte.djvu/45

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  D’HIPPOLYTE. 95



XLI.


Je ressemble en aimant au valeureux Persee,
Que sa belle entreprise a fait si glorieux,
Ayant d’un vol nouveau pris la route des Dieux,
Et sur tous les mortels sa poursuite haussee.

Emporté tout ainsi de ma haute pensee
Je vole aventureux aux soleils de vos yeux,
Et voy mille beautez qui m’elevent aux Cieux,
Et me font oublier toute peine passee.

Mais, helas ! je n’ay pas le bouclier renommé,
Dont contre tous perils Vulcan l’avoit armé,
Par lequel sans danger il peût voir la Gorgonne :

Au contraire à l’instant que je m’ose approcher
De ma belle Meduse, inhumaine et felonne,
Un traict de ses regards me transforme en rocher.


XLII.


O doux venin mortel, ô guide tromperesse,
O l’oubly gracieux des plus griéves douleurs,
O rét subtil d’Amour, couvert de belles fleurs,
O nouvelle Sereine, ô douce enchanteresse !

O paix instable et faulse, ô puissante Deesse,
Qui fais durer l’Amour et qui crois ses chaleurs,
Esperance, où es-tu ? las au fort des malheurs
Maintenant sans pitié ton secours me delaisse !

Ce fus toy qui me fis folement hazarder
En la guerre d’Amour, et tu fuis sans m’aider,
Me laissant aux dangers, compagne peu fidelle.

Helas retourne à moy, console mon trespas,
Mais je t’appelle en vain. On ne console pas
Avec peu d’Esperance une douleur mortelle.