Page:Desportes - Premières œuvres (éd. 1600) I - Diane. Premières Amours.djvu/100

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  DIANE,  


Et les pensers qui me font soupirer,
D'un soucy mort cent mille en font renaistre.

Helas! perdez ceste rage importune,
Hostes cruels des esprits angoissez :
Je sçay mon mal et le connois assez,
J'ay trop d'Amour et trop peu de fortune.

Soit que Phoebus environne la terre,
Soit que la nuict mette fin à son cours,
Obstinément vous me pressez tousjours :
Je suis le champ où vous faites la guerre.

L'un veut troubler l'espoir dont je me flatte,
L'autre combat ma constance et ma foy,
L'autre soustient que je ne suis plus moy.
M'estant perdu pour gaigner une ingrate.

L'autre me dit qu'en vain je m'encourage,
Dessus l'arene ayant fait fondement,
Et que son cœur se change incessamment,
Comme un miroir qui reçoit toute image.

Tais-toy, penser, je sçay bien le contraire,
Et sens nos feux trop vivement épris :
Amour, qui fist les nœuds de nos espris,
Quand il voudroit, ne les sçauroit défaire.

Mais, si son cœur changeoit comme l'Euripe,
Sept fois le jour, deça delà porté :
Je n'auroy loy que de sa volonté,
C'est son objet et je suis son polype.