Page:Desrosiers - Les Engagés du Grand Portage, 1946.djvu/82

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pour veiller aussi à l’exécution des ordres et tout mettre en œuvre.

— Je vois.

— J’ai pensé à vous.

Le bourgeoys sourit. Une gaieté pétille dans ses yeux.

— Voilà une charge où exercer vos facultés avec succès.

— La situation est plutôt… délicate.

— Oui, plutôt… Mais une charge taillée pour vous, si j’ose dire.

Encore le sourire énigmatique et l’ironie voilée. Non, ce bourgeoys n’est pas une dupe facile.

— Vous voyez quelle confiance je mets en vous ? Tout d’abord, vous êtes chef de la brigade ; ensuite, vous devenez mon homme de confiance là-bas. Peut-on demander mieux ? Et je vous ai préparé cet écrit : dans les circonstances très critiques, si vous et Lenfesté, vous différez d’avis, vous aurez le droit de vous en servir. Alors prévaudra votre décision à vous.

— J’allais vous demander quelque chose de ce genre.

— Je vous le donne. Mais attendez à la dernière extrémité pour le montrer. De préférence, usez de conciliation, et menez-le sans qu’il s’en aperçoive… Vous connaissez aussi notre résolution ? Empêcher à tout prix les Petits de rapporter un ballot de fourrures du district de Rabaska… Je n’ai que cet ordre à vous donner. À vous de trouver les moyens ; je ne serai pas là.

— À tout prix ?

— Oui. Remplir votre mission, voilà le principal… pour votre avancement. Quant au reste… Je vous connais : vous emploierez l’habileté d’abord. Ensuite, s’il le faut… Mais en même temps, si vous en venez là, il faudra aussi… sauver la face… ne pas compromettre la Compagnie trop gravement.

Le Bancroche sourit.

— Mais s’il y a des risques pour moi ?

— Cet hiver, votre salaire sera celui de Lenfesté… Et si

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