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Page:Devant la tombe.pdf/2

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par l’encadrement austère du voile noir, gardaient comme un reflet de la morte aimée. Elles résumaient le passé et l’avenir, le souvenir et l’espérance.

— Voyez-vous ! reprit-il soudain de cette voix basse et profonde qui semble sortir du cœur, je l’ai trop aimée… Je ne puis pas recommencer ma vie… Tout ce que je désire, c’est de vivre tranquillement de mes souvenirs, en regardant grandir ma fille. Mais, vous l’avez dit : il faut une femme dans la maison… Et qui peut remplacer la mère de Clairette… sinon vous !…

Mme Hubert le regarda avec stupeur :

— Ne laissez pas une inconnue prendre la place de Claire, poursuivit-il, suppliant. Ayez pitié de nous deux, du père et de la fillette… Ne nous abandonnez pas…

— Mais, mon pauvre enfant, observa-t-elle tremblante, vous oubliez mon âge… et le vôtre… Les gens feront des gorges-chaudes…

— On ne vous trouverait pas trop âgée pour vous critiquer… reprit André, obstiné. On les laissera dire, voilà tout ! Chacun n’est-il pas libre d’arranger sa vie à sa guise ?… Vous n’avez plus que Clairette à aimer, et elle sera si heureuse de vous avoir pour maman… Soyez bonne !… Et faites-moi le grand honneur de devenir ma femme.

Clairette se pendit au cou de sa marraine.

— Vous êtes un noble cœur, André, fit Mme Hubert, encore inquiète et hésitante, mais quel sacrifice pour vous !… Ne vous repentirez-vous pas un jour ?…

— Non ! fit-il en lui serrant la main avec force, je n’aime et je n’estime aucune femme vivante autant que vous. Et Claire dormira en paix, heureuse de savoir sa fille sûrement protégée et son mari fidèle à son souvenir.

Sa voix s’éteignit dans une irrésistible montée de larmes. Ils demeurèrent tous trois devant la tombe, unis et silencieux, pendant que les fleurs, frissonnant sous le vent qui s’élevait, murmuraient doucement. Et ils croyaient entendre une faible voix d’au delà les appeler et les bénir.


Mathilde Alanic.