Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/141

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souvent la peine d’ôter son chapeau, ajouta Mme Plornish, mais les pauvres gens y font plus d’attention qu’on ne croit.

— Comment ce n’est que cela ? » répliqua Arthur, tout honteux de penser qu’un acte de civilité aussi simple pût paraître extraordinaire.

Et se baissant pour pincer la joue d’un autre petit enfant qui était assis par terre en le regardant avec de grands yeux, il demanda quel âge avait ce beau garçon.

« Quatre ans à peine, monsieur, répliqua Mme Plornish. Il est solide pour son âge, n’est-ce pas, monsieur ? Mais celui-ci n’est pas aussi bien portant, ajouta-t-elle en berçant tendrement le poupon qu’elle tenait dans ses bras. Vous m’excuserez, n’est-ce pas, monsieur, de vous demander s’il s’agit de quelque besogne à faire ? »

Elle faisait cette question avec une anxiété si visible que, si Arthur eût possédé une bicoque quelconque, il eût fait immédiatement ajouter un pied de plâtre à tous les murs plutôt que de répondre non. Mais, malgré sa bonne volonté, il ne put répondre autre chose que non ; et il vit que les traits de Mme Plornish se rembrunissaient un peu, tandis qu’elle réprimait un soupir et regardait le feu presque éteint. Il vit en même temps que Mme Plornish était une fort jeune femme à qui la pauvreté avait appris à être peu soigneuse de sa personne ou de son entourage, et que les efforts combinés de la pauvreté et des enfants l’avaient tellement avancée que son visage était déjà creusé de rides.

« On dirait que toute besogne, bonne ou mauvaise, reprit Mme Plornish, est rentrée sous terre, en vérité. »

Cette remarque de Mme Plornish ne s’appliquait qu’aux travaux de maçonnerie proprement dits ; elle ne songeait nullement aux tripotages ou replâtrages du ministère des Circonlocutions et de la famille Mollusque.

« Est-il donc si difficile de trouver de l’ouvrage ? demanda Arthur Clennam.

— Plornish n’en trouve jamais. Il n’a pas de chance. Non, vraiment, il n’en a pas. »

Mme Plornish avait parfaitement raison. Dans ce voyage terrestre que nous faisons tous, Plornish représentait un de ces nombreux piétons qu’on dirait affligés de certains cors surnaturels qui les empêchent de marcher aussi vite que les autres, ou même de rejoindre les plus boiteux d’entre leurs compagnons de route. Plein de bonne volonté, industrieux, doué d’un cœur fort tendre et d’une tête qui n’est pas trop dure, Plornish acceptait son sort avec toute la résignation possible ; mais le sort le traitait d’une façon bien rude. Il arrivait si rarement que quelqu’un parût avoir besoin de lui, c’était un si grand hasard quand on mettait ses talents en réquisition, que l’esprit nuageux de Plornish n’y comprenait rien. Il prenait donc les choses comme elles venaient ; il tombait dans toutes sortes de difficultés et s’en tirait tant bien que mal ; mais, à force d’y