Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/200

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lui avait envoyé chercher, et elle se penchait sur Chérie, afin de le lui mettre sur ses épaules, lorsqu’elle leva ses yeux noirs pour faire cette réponse inattendue.

« Tatty ! s’écria sa jeune maîtresse, vous avez vu Mlle Wade ? où cela ?

— Ici, mademoiselle, dit Tattycoram.

— Comment ? »

Un regard impatienté de Tattycoram parut, à ce que pensa Clennam, répondre : « Avec mes yeux ! » Mais elle fit une autre réponse en paroles et dit :

« Je l’ai rencontrée près de l’église.

— Je voudrais bien savoir ce qu’elle faisait là, dit M. Meagles. Elle n’y allait pas, je le parierais.

— Elle avait commencé par m’écrire.

— Oh ! Tatty ! murmura Chérie, ôtez vos mains, il me semble qu’il y a une autre personne qui me touche. »

Elle dit cela avec une vivacité involontaire, quoique d’un ton plutôt enjoué, sans y mettre plus de pétulance ou d’intention désagréable qu’on n’en devait naturellement attendre d’une enfant gâtée qui se mit à rire l’instant d’après. Tattycoram serra ses lèvres rouges et se croisa les bras sur la poitrine :

« Voudriez-vous savoir, monsieur, dit-elle en s’adressant à M. Meagles, ce que Mlle Wade m’a écrit ?

— Eh bien ! Tattycoram, répondit M. Meagles, puisque vous m’adressez cette question, et qu’il n’y a que des amis ici, peut-être ferez-vous aussi bien de nous le dire, si cela vous convient.

— Elle a su, pendant que nous voyagions, où vous demeurez, reprit Tattycoram, et elle m’avait vue quand,… que je…

— Quand vous n’étiez pas tout à fait de bonne humeur, Tattycoram ? suggéra M. Meagles, qui secoua la tête comme un paternel avertissement à l’adresse de ses yeux noirs. Ne vous pressez pas… prenez votre temps, Tattycoram. »

Elle comprima de nouveau ses lèvres rouges et respira longuement :

« De sorte qu’elle m’a écrit pour me dire que si jamais je me sentais froissée… » elle abaissa les yeux sur sa jeune maîtresse, « ou si je me trouvais tourmentée, » elle regarda encore une fois Chérie… « je pourrais aller la trouver et qu’elle me prendrait avec elle et me traiterait bien. Je devais y réfléchir et lui rendre réponse près de l’église, de façon que je suis allée la remercier.

— Tatty, dit Chérie, toujours assise et passant la main par-dessus son épaule, afin que l’autre pût la prendre, Mlle Wade m’a presque fait peur, lorsque nous nous sommes dit adieu, et je ne suis pas étonnée d’avoir frissonné de ce qu’elle se trouvait si près de moi à mon insu. Ma chère Tattycoram ! »

Tattycoram demeura un instant immobile. « Eh bien ! s’écria M. Meagles, prenez encore votre temps, ne vous gênez pas, Tattycoram. Je vous donne vingt-cinq à compter. »