Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/271

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moins mes sentiments que M. Clennam tout court) : lorsque je le sais et que vous le savez aussi sans pouvoir le nier.

— Mais je le nie, Flora ; je n’aurais pas tardé à vous faire uns visite amicale.

— Ah ! dit Flora hochant la tête, comptons là-dessus ! Et puis encore une œillade. Cependant, lorsque Pancks nous l’a annoncé, je me suis décidée à venir vous voir avec la tante de M. F… parce que quand papa… c’était bien avant cela… a prononcé son nom et m’a dit que vous vous intéressiez à elle, je lui ai dit tout de suite : Bonté divine ! et pourquoi ne pas la faire venir chez nous lorsqu’il y a de l’ouvrage à faire au lieu de le donner au dehors ?

Elle ? observa Clennam, qui n’y comprenait plus rien du tout, entendez-vous par là la tante de monsi…

— Oh ! par exemple ! Arthur… Doyce et Clennam s’accorde décidément mieux avec mes vieux souvenirs que Clennam tout court… qui donc a jamais songé à donner de l’ouvrage à la tante de M. Finching et à la prendre en journée ?

— La prendre en journée ! Il s’agit donc de la petite Dorrit ?

— Certainement, répondit Flora, et de tous les noms étranges que j’ai jamais entendus, celui-là est bien le plus étrange : il me rappelle la campagne, une chaumière retirée, un tourniquet sur la route, le nom d’un poney favori ou d’un jeune chien ou d’un oiseau ou de quelque chose de chez le grainetier, qu’on met dans une plate-bande ou dans un pot et qui sort de terre tout panaché.

— Alors, Flora, dit Arthur prenant tout à coup un intérêt très vif à la conversation, M. Casby a donc été assez bon pour vous parler de la petite Dorrit ? Qu’est-ce qu’il vous en a dit ?

— Oh ! vous savez comme est papa, répondit Flora, et combien il est agaçant quand il se tient en toute majesté au coin du feu, à tourner les pouces l’un autour de l’autre, au point de vous donner le vertige, si on le regarde trop longtemps, il m’a dit en causant de vous… je ne sais pas qui a commencé à parler de vous, Arthur (Doyce et Clennam), mais je suis sûre que ce n’est pas moi, ou du moins je l’espère, et vraiment il faut que vous m’excusiez de ne pas vous en avouer davantage…

— Sans doute, dit Arthur, de tout mon cœur.

— Vous êtes bien prompt à m’excuser, dit Flora avec une petite moue, supprimant tout à coup un air de timidité modeste : ce que je puis toujours vous avouer, c’est que papa m’a dit que vous lui aviez parlé de la petite avec beaucoup d’intérêt et que je lui ai répondu ce que je viens de vous dire, et voilà tout.

— Voilà tout ? répéta Arthur un peu désappointé.

— Excepté que lorsque Pancks nous a raconté que vous vous étiez embarqué dans la ferraille et nous l’a bien certifié, car nous ne voulions pas le croire, j’ai dit à la tante de M. Finching que nous viendrions vous demander s’il serait agréable à tout le monde que la petite fût employée chez nous quand on aura besoin d’elle, car je sais qu’elle va souvent chez votre maman et je sais aussi que