Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/304

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quelques outils fort simples et gai comme un pinson, bien qu’il n’eût d’autres meubles qu’un matelas étendu par terre, une table et une chaise.

« Allons, mon vieux, dit M. Pancks ; payons notre loyer ! »

Baptiste avait l’argent tout prêt, enveloppé dans un chiffon de papier, et il le tendit en riant au remorqueur ; puis, avec un geste rapide de sa main droite, montra autant de doigts qu’il y avait de francs et coupa l’air horizontalement pour indiquer cinquante centimes en sus.

« Oh ! dit M. Pancks en contemplant l’Italien d’un air étonné : ah ! c’est comme ça ! Voilà une fameuse pratique. La somme y est. Ma foi ! je ne m’attendais pas à la recevoir. »

Mme Plornish eut alors l’obligeance de s’avancer pour remplir son rôle d’interprète :

« Lui satisfait ! Lui content recevoir argent, expliqua-t-elle à M. Baptiste. »

Le petit Napolitain sourit et fit un signe de tête : son visage rayonnant sembla captiver agréablement l’attention de M. Pancks.

« Comment va sa jambe ? demanda-t-il à Mme Plornish.

— Oh ! beaucoup mieux, monsieur, répondit cette dame. Nous espérons que d’ici à huit jours il n’aura plus besoin de sa canne pour marcher. »

Mme Plornish ne voulut pas laisser échapper une si belle occasion de faire montre de son talent polyglotte : aussi s’empressa-t-elle, avec un orgueil bien excusable, d’expliquer à M. Baptiste les paroles de Pancks en ajoutant :

« Lui espérer jambe à vous bientôt guérir.

— Et avec ça il a l’air si gai, remarqua M. Pancks admirant le petit Italien comme il eût fait d’un automate. Comment gagne-t-il sa vie ?

— Il paraît qu’il a un grand talent pour découper les fleurs que vous lui voyez faire. (Baptiste, examinant le visage de ses visiteurs tandis qu’ils causaient, montra son ouvrage. Mme Plornish interpréta dans son idiome italien, au profit du boiteux, la pensée de M. Pancks :) Lui content. Lui trouver beau.

— Est-ce que ça lui rapporte de quoi vivre ? demanda Pancks.

— Il se contente de fort peu de chose, et d’ailleurs on croit que plus tard il se tirera très-bien d’affaire. M. Clennam lui a fait commander ces fleurs-là, et, en outre, il l’emploie par-ci par-là dans la fabrique ; il invente même de la besogne pour lui, quand il sait que le petit homme en a besoin.

— Et à quoi passe-t-il son temps, quand il ne travaille pas ? demanda M. Pancks.

— Pas à grand’chose pour le quart-d’heure, monsieur ; sans doute parce qu’il a encore un peu de peine à marcher ; mais il va dans la cour et il cause sans trop comprendre ce qu’on lui dit et sans trop se faire comprendre : il joue avec les enfants ; il s’assoit au soleil, il s’assoit n’importe où, comme s’il trouvait