Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/377

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Clennam le pria de se rendre, sans perdre un instant, où l’appelait son devoir.

« Amy, ma chère, si vous pouvez engager M. Clennam à rester plus longtemps, je puis vous confier le soin de faire les honneurs de notre pauvre demeure, et peut-être réussirez-vous à effacer de l’esprit de notre hôte, l’incident… hem !… inattendu et désagréable de tantôt. »

Clennam assura que cet incident ne lui avait laissé aucune impression et que, par conséquent, il n’y avait rien à effacer du tout.

« Mon cher monsieur, dit le Doyen ôtant sa calotte de velours noir et serrant la main de Clennam, de façon à lui faire comprendre que la lettre et le billet inclus lui étaient parvenus, Dieu vous bénisse ! »

Alors seulement le but que Clennam s’était proposé en restant se trouva atteint : il pouvait parler à la petite Dorrit sans témoin. Maggy était bien là, mais ça ne comptait pas.




CHAPITRE XXXII.

Encore la bonne aventure.


Maggy travaillait auprès de la croisée, coiffée de cet énorme bonnet blanc dont les nombreuses ruches opaques cachaient son profil (si peu qu’elle en eût), et l’œil unique dont elle pouvait disposer fixé sur son ouvrage. Grâce à son bonnet aux ruches clapotantes, grâce aussi à son œil inutile, elle était complétement séparée de sa petite mère qui était assise à l’autre bout de la salle, en face de la croisée. Le bruit des pas sur le pavé de la cour avait beaucoup diminué depuis que le Doyen était allé occuper le fauteuil de la présidence, la plupart des détenus étant eux-mêmes au rendez-vous philharmonique. Ceux d’entre eux qui n’avaient pas l’âme musicale ou dont les poches étaient vides, flânaient seuls de côté et d’autre, on voyait çà et là le spectacle habituel d’une malheureuse épouse disant adieu à quelque prisonnier, d’un détenu rêveur et encore mal acclimaté qui se tenait à l’écart dans les coins de la cour, comme on voit traîner ailleurs dans les coins des toiles d’araignées rompues et d’autres ordures oubliées par le balai. C’était le moment le plus tranquille que connût la prison, à l’exception toutefois des heures que les détenus consacraient au sommeil. De temps en temps les coups frappés sur la table du café signalaient la fin triomphante d’un morceau d’harmonie, ou annonçaient que les détenus acceptaient avec enthousiasme un toast proposé