Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/390

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— Et Edmond Sparkler n’en a pas du tout, ajouta Mme Gowan avec une suavité extrême.

— … Et son talent, joint à de nombreux mécomptes, continua Mme Gowan, l’a engagé à embrasser une carrière qui… (Mme Gowan compléta la phrase par un soupir)… Vous savez cela, ma chère. Telle étant la position bien différente de Henry, il s’agit de savoir quel est le plus mauvais mariage auquel je puisse me résigner. »

Mme Merdle était tellement occupée à contempler ses bras (les jolis bras ! comme ils étaient admirablement modelés ! le charmant cadre pour porter des bracelets !), qu’elle oublia de répondre. Le silence qui succéda l’ayant tirée de sa contemplation, elle se croisa les bras, et, avec un calme plein de finesse, regarda son amie en face, et lui dit d’un ton d’interrogation :

« Ou…i ? Et puis ?

— Et puis, ma chère, répliqua Mme Gowan avec un peu moins de suavité qu’auparavant, je ne serais pas fâchée de savoir votre avis. »

Le perroquet, qui s’était tenu sur une patte depuis sa dernière démonstration, poussa un éclat de rire, se balança d’un air goguenard sur ses deux pattes, puis se remit sur une seule et attendit la réponse, la tête aussi de travers qu’il pouvait la tourner.

« Cela paraît mercenaire de demander quelle dot la demoiselle apportera au monsieur, dit Mme Merdle ; mais peut-être la société elle-même est-elle un peu mercenaire, vous le savez, ma chère.

— D’après ce qu’on m’a dit, répliqua Mme Gowan, je me crois autorisée à établir en fait que les dettes de Henry seront payées.

— Beaucoup de dettes ? demanda Mme Merdle à travers son lorgnon.

— Mais, oui… assez.

— Bon. Je devine le chiffre, c’est toujours à peu près la même chose. Très-bien, remarqua Mme Merdle d’un ton d’indifférence.

— Et le père leur fera une pension de trois ou quatre cents livres sterlings par an ; ce qui, en Italie…

— Ah ! ils vont visiter l’Italie.

— Henry veut étudier… cela ne doit pas vous étonner, ma chère…, ces affreux beaux-arts…

— C’est juste. » Mme Merdle s’empressa d’épargner à son amie affligée un si pénible aveu. Elle comprenait. Passons là-dessus.

« Et voilà, reprit Mme Gowan, secouant sa tête inconsolable, voilà tout. Oui, voilà, répéta Mme Gowan, refermant son éventail vert pour le moment, afin de se taper le menton (pas encore un double menton, mais il était en train de le devenir ; pour le moment ce n’était encore qu’un menton et demi), voilà tout. À la mort des parents, je présume qu’il y aura quelque chose de plus ; mais je doute que Henry puisse jamais toucher le capital… car, pour ce qui est de cela, les parents sont capables de vivre cent ans. Me chère, je vous assure qu’ils en ont l’air bien capable. »