Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/407

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pouvoir aller et venir dans la prison en qualité de visiteur ; que les premiers renseignements utiles lui avaient été fournis, bien à leur insu, par M. William Dorrit et par son fils, avec qui il n’avait pas eu de peine à se lier, en causant avec eux de la pluie et du beau temps (« mais toujours taupinant dans mon souterrain, voyez-vous, » remarqua M. Pancks) ; puis il avait obtenu d’eux, sans qu’ils se doutassent de rien, divers petits détails concernant l’histoire de la famille, lesquels, comme il avait déjà fait quelques découvertes de son côté, lui en suggérèrent d’autres. Enfin M. Pancks demeura convaincu qu’il avait découvert l’héritier universel d’une grande fortune, et qu’il ne s’agissait plus que de faire les démarches nécessaires pour amener cette découverte à une maturité légale. Sur ce, après avoir exigé de son propriétaire, M. Rugg, un serment solennel de garder le secret, il l’avait admis dans sa taupinière en qualité d’associé. Ils n’avaient employé d’autre commis que John Chivery, dont ils connaissaient le dévouement chevaleresque, et jusqu’à ce jour (où des autorités infaillibles en matière de banque et de droit avaient déclaré que le succès avait couronné les efforts de M. Pancks) les trois conspirateurs n’auraient pas confié leur secret à âme qui vive.

« Comme ça, monsieur, poursuivit Pancks, si toute l’affaire avait croulé au dernier moment, la veille même du soir où je vous ai montré nos documents dans la cour de la prison, voire le jour même, personne que nous n’aurait été cruellement déçu, personne que nous n’y aurait perdu un sou. »

Clennam qui, pendant ce récit, n’avait pas cessé de donner des poignées de main à Pancks, s’écria, avec une surprise que la façon dont on l’avait préparé à cette grande nouvelle diminuait à peine :

« Mon cher monsieur Pancks, cela a dû vous coûter beaucoup d’argent.

— Mais, pas mal, monsieur, répondit Pancks d’un ton de triomphe, une somme assez ronde, quoique nous ayons visé à l’économie depuis le commencement ; les déboursées indispensables nous ont assez embarrassés.

— Embarrassés ! répéta Clennam ; je le crois sans peine. Mais vous avez vaincu toutes les difficultés de cette affaire avec une adresse merveilleuse ! continua-t-il, donnant au remorqueur une nouvelle poignée de main.

— Je vais vous dire comment j’ai fait, poursuivit Pancks, qui, dans son ravissement, redressa tous les épis de sa chevelure rebelle. D’abord, j’ai dépensé tout ce que je possédais ce n’était pas grand’chose.

— J’en suis fâché, dit Clennam ; mais peu importe, puisque vous avez réussi… Qu’avez vous fait ensuite ?

— Ensuite, répliqua Panks, j’ai emprunté à mon propriétaire.

— À M. Casby ? dit Clennam. Ah ! le digne brave homme !

— Quel noble vieillard, hein ? continua M. Pancks, avec une série de reniflements… un généreux gaillard !… plein de confiance !…