Page:Dickens - La Petite Dorrit - Tome 1.djvu/52

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— J’ai eu bien des choses à régler avant de pouvoir partir, et, lorsque je suis parti, j’ai voyagé un peu pour me reposer et me distraire. »

Elle le regarda en face, comme si elle n’avait pas bien entendu ou bien compris cette dernière phrase.

« Pour vous reposer et vous distraire ? »

Elle jeta un coup d’œil autour d’elle, et au mouvement de ses lèvres il devina qu’elle répétait ces mots, comme si elle prenait la chambre à témoin du peu de repos ou de distraction qu’elle y avait jamais trouvé.

« D’ailleurs, mère, comme vous étiez seule exécutrice testamentaire, et comme vous seule aviez la direction et la gestion de la succession, il me restait peu de chose, ou plutôt il ne me restait rien à faire avant que vous eussiez tout arrangé à votre satisfaction.

— Les comptes sont balancés, répondit-elle, je les ai là. Les pièces à l’appui ont été examinées et paraphées ; vous pourrez les voir lorsque vous voudrez, Arthur, tout de suite si cela vous plaît.

— Il me suffit de savoir que tout est en règle. Puis-je continuer, mère ?

— Pourquoi pas ? répondit-elle d’un ton glacial.

— Mère, depuis quelque temps les affaires de notre maison vont décroissant chaque année, et nos relations commerciales ont diminué progressivement. Nous n’avons jamais témoigné, ni par conséquent provoqué beaucoup de confiance ; nous ne nous sommes pas fait d’amis ; la marche que nous avons suivie n’est plus celle de notre époque, et nous nous trouvons distancés. Je n’ai pas besoin d’insister là-dessus, mère, vous le savez nécessairement.

— Je sais ce que vous voulez dire, répliqua-t-elle d’un ton moins glacial.

— La maison même où nous causons, poursuivit le fils, est une preuve de ce que j’avance. Dans les premiers temps de mon père, et, avant lui, du temps de son oncle, elle se trouvait dans le quartier des affaires, dans le véritable quartier et au centre des affaires. Aujourd’hui, sa présence ici est une anomalie, une bizarrerie qui ne sont plus de saison et n’ont plus de raison d’être. Depuis longtemps nous sommes obligés d’adresser toutes nos consignations à la maison de commission des Rovingham. Je sais que votre jugement et votre vigilance ont agi comme un frein utile sur nos agents et se sont activement exercés dans l’intérêt de mon père ; mais ces qualités auraient également profité à la fortune de la maison si vous aviez habité toute autre demeure particulière : n’est-il pas vrai ?

— Pensez-vous, répliqua-t-elle sans répondre à la question de son fils, qu’une demeure n’a aucune raison d’être Arthur, lorsqu’elle protège votre mère infirme et éprouvée, justement, trop justement éprouvée ?

— Je ne faisais allusion qu’à sa raison d’être commerciale.