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NICOLAS NICKLEBY.

la Creevy refusèrent de suivre immédiatement cet exemple ; mais deux ou trois semaines après, ils sortirent ensemble un matin avant déjeuner, et revinrent une heure après tout joyeux annoncer qu’ils s’étaient mariés sans cérémonie.

Nicolas plaça son argent chez les frères Cheeryble, dont Frank devint l’associé. Quelques années plus tard, la maison fut mise sous la raison sociale Cheeryble et Nickleby, et la prophétie de madame Nickleby se trouva réalisée.

Les deux frères se retirèrent des affaires. Est-il nécessaire de dire qu’ils furent heureux, entourés de gens dont ils avaient fait le bonheur, et ne vivant que pour l’augmenter ?

Tim Linkinwater consentit, non sans peine, à accepter un intérêt dans la maison, mais sans souffrir que son nom fût associé à ceux de Cheeryble et de Nickleby. Il continua à s’acquitter régulièrement de ses devoirs de commis. Il se logea avec sa femme dans la vieille maison, et occupa la chambre à coucher où il couchait depuis quarante-quatre ans. L’âge ne fit qu’accroître l’insouciante gaieté et l’enjouement de sa petite femme, et leurs amis disaient : Lorsque Tim est assis dans son fauteuil à bras au coin de sa cheminée et que sa femme est à l’autre, riant, folâtrant et se démenant sans cesse, il est impossible de décider lequel des deux a l’air le plus content.

Le merle fut enlevé du comptoir et placé dans le salon des deux époux. Sous sa cage étaient suspendues deux miniatures dues au pinceau de madame Linkinwater. L’une était son portrait, l’autre celui de Tim. Comme la perruque poudrée et les lunettes de ce dernier étaient d’une ressemblance parfaite, les étrangers finissaient par le reconnaître au premier coup d’œil ; et soupçonnant que l’autre portrait représentait la maîtresse du logis, ils s’enhardissaient à le dire sans scrupule. Madame Linkinwater était toute glorieuse de cet hommage rendu à ses talents, auxquels son mari croyait comme à l’Évangile.

Ralph étant mort intestat, sa fortune revenait à ceux qu’il avait poursuivis de son inimitié. Mais ils ne purent s’habituer à l’idée de profiter d’un bien si mal acquis et les richesses qui lui avaient coûté tant de peine et tant de mauvaises actions allèrent s’engloutir dans les coffres de l’État.

Arthur Gride fut mis en jugement pour la possession illégale du testament qu’il avait dérobé au grand-père de Madeleine. Il fut acquitté, faute de preuves suffisantes, grâce aux arguties des avocats, qui firent valoir qu’on n’avait pas trouvé le testament entre ses mains ; mais ce ne fut que pour subir un châtiment plus horrible : car, quelques années après, des voleurs, attires par sa réputation d’homme