Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, II.djvu/724

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chose. Le P. le Courayer soûtient que le sacrifice de la Messe n’est que représentatif & Commémoratif, c’est-à-dire, qu’il représente nuement le Sacrifice de la Croix, & qu’il en rappelle simplement le souvenir, sans que le Sacrifice de la Messe soit réellement le même que le Sacrifice de la Croix.

COMMÉMORATION, s. f. Souvenir qu’on a de quelqu’un ; ce qu’on fait en l’honneur de sa mémoire. Memoria, mentio, commemoratio. Le testateur a fait un beau legs à cette Eglise, à la charge de dire tant de MEsses, de faire commémoration de lui dans les prières. Les Peres parlent de l’Eucharistie comme d’une image de sacrifice, & d’une commémoration de celui de Jesus-Christ. Boss. C’est la commémoration du Seigneur : donc ce n’est pas le Seigneur lui même. C’est, nous l’avouons, la commémoration ou l’annonciation du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne, & par conséquent ce n’est pas aussi la mort du Seigneur. Voilà à quoi l’objection est réduite ; mais rien n’empêche que ce qui nous fait souvenir de sa mort & de sa passion, par des signes visibles, ne contienne invisiblement son corps & son sang. Peliss. Il nous a dit que c’étoit la commémoration de sa mort, nous le croyons ; il a dit que c’étoit son corps & son sang ; nous le croyons de même. Id.

Commémoration, est aussi un terme de Liturgie & de Bréviaire, qui se dit des Fêtes & des Féries dont on ne peut pas faire l’Office tout entier, à cause d’une Fête double qui survient le même jour. Elle se fait par une antienne, verset, & une oraison, qu’on dit à Vêpres & à Laudes en l’honneur du Saint, ou de la Férie dont on fait commémoration. On fait toujours commémoration des Féries majeures & des octaves, quand on ne fait par leur office propre. Dans le second Memento de la Messe on fait des commémorations, c’est-à-dire, qu’on se souvient de quelques personnes en particulier, auxquelles on prie Dieu d’appliquer les fruits du sacrifice, qui sont les mérites de J. C.

On dit dans le style familier ; & en plaisantant, nous avons fait commémoration de vous, pour dire, nous avons fait mention de vous.

Commémoraison & Commémoration, synonymes. Ces mots sont souvent employés indifféremment l’un pour l’autre. Il paroît pourtant que celui de commémoraison est particulièrement affecté à signifier la mémoire que fait l’Eglise d’un saint le jour qu’elle célébre une autre fête : mémoire qui se fait à Laudes & à Vêpres, par une antienne, un verset & une oraison, ou à la Messe, par une collecte, une secrète & une post-communion : & celui de commémoration paroît mieux convenir dans les autres cas. Je dirai donc commémoraison d’un Saint, commémoration des morts, commémoration que fait le Prêtre au Memento de la Messe des personnes auxquelles il applique le mérite du sacrifice, tel me paroît être l’usage.

COMMENÇAILLE, s. f. Vieux mot. Commencement.

COMMENÇANT, ANTE, s. Celui ou celle qui commence quelque chose, qui en est encore aux premiers élémens d’un art. On se sert communément de ce terme pour exprimer la qualité des enfans qui apprennent à lire, ou les élémens de quelques Langues. On a inventé dans ces derniers temps plusieurs méthodes en faveur des Commençans, qui leur épargnent bien du temps que nos peres étoient obligés d’employer à apprendre seulement à lire, & les premiers principes de la Langue latine. Cet Auteur, ce livre est trop fort pour un Commençant.

Commençant, ante, signifie aussi Novice, qui ne fait que commencer une vie sainte & régulière, ou la vie religieuse. Les Commançans ne sont pas toujours bien fermes dans la vertu. On veut bien s’assujettis à telle & à telle pratique, mais on néglige cette autre, parce qu’elle paroît trop légère, & qu’elle n’est bonne, dit-on, que pour des Commençantes & pour des Novices. Bourdal. Exhort. T. I, p. 273.

☞ COMMENCEMENT, s. m. initium, c’est un de ces termes qui sont si claires, qu’ils n’ont besoin ni de définition, ni d’explication, pour être entendus. En serai-je mieux entendu quand j’aurai dit avec les vocabulistes, que ’est par où commence une chose quelconque ? Dieu n’a point eu de commencement, & n’aura point de fin. L’ame humaine a eu un commencement, & n’aura point de fin. L’ame humaine a eu un commencement, & n’aurai point de fin. Les êtres matériels ont eu un commencement, & auront une fin. L’ignorance du genre humain dans les premiers temps, prouve que l’origine du monde n’étoit pas éloignée, & qu’il avoit au un commencement qui étoit encore fort récent. S. Evr. Rome a eu des commencemens rudes & sauvages. Id. La fin de notre amitié dépend moins de nous que le commencement. Id. Pourquoi lit-on avec tant de curiosité l’Histoire des foibles commencemens de Rome ? C’est que les Historiens ont su y attacher une idée de grandeur. P. Dan.

Commencement se dit aussi de ce qui paroît d’abord en chaque sujet, ou matière ; de ce qui est la première partie d’une chose. Au commencement de la journée il faut élever son cœur à Dieu. La mémoire a manqué à cet Orateur dès le commencement de son discours. Le commencement de cette maladie n’étoit qu’une petite fièvre. Le commencement de la sagesse est la crainte de Dieu. Le sentiment de notre misere est le commencement de notre conversion.

On dit prendre commencement ; pour dire, commencer. Cette Monarchie a pris son commencement dans un tel siècle.

On dit proverbialement qu’il faut un commencement, pour avoir une fin.

Au Commencement, adverbe ou phrase adverbiale, qui se dit d’une manière absolue. Au premier temps que les choses commencent d’être, Initio, principio. Au commencement Dieu créa le Ciel & la terre. Au commencement étoit le Verbe, & le Verbe étoit dans Dieu, & le Verbe étoit Dieu.

☞ COMMENCEMENT se prend aussi pour principe, cause première. Dieu est le commencement & la fin de toutes choses, causa, principium.

☞ On appelle, en style de pratique, commencement de preuve par écrit, un écrit qui ne prouve qu’un fait préparatoire à la convention dont il s’agit, ou une partie seulement, ou quelque suite de la convention ; de sorte que, pris solitairement, il ne forme pas une preuve complète, mais seulement une sorte de présomption.

Commencemens, au pluriel, s’emploie assez souvent pour les premières instructions que l’on a reçues dans quelque art, dans quelque science. Prima rudimenta, documenta. Ce jeune homme a de beaux commencemens dans la Grammaire, dans la Philosophie, dans la peinture. Ce Maître lui a donné de bons commencemens.

☞ COMMENCER. v. a. Donner la naissance, le commencement à quelque chose, faire ce qui doit être fait d’abord. Inchoare, incipere : commencer un bâtiment, un discours. Les Rois commencent beaucoup d’ouvrages qu’ils n’ont pas le temps d’achever : commencer à bâtir. Vaugelas veut qu’on mette toujours la particule à après le verbe commencer ; de bons auteurs emploient quelquefois de par préférence, sur-tout après le présent indéfini, pour éviter le choc des deux a : il commença de parler fièrement, au lieu de, il commença à parler, il a commencé de prendre goût à telle chose. Par-tout ailleurs l’usage est pour commencer à.

☞ On dit commencer l’année, le mois, la semaine, & par une chose, par faire une chose, pour dire que la chose dont on parle est la première qu’on ait faite cette année là, ce moi là, &c. Le Roi commença son regne par tel établissement.

☞ On dit dans un autre sens, nous ne faisons que de commencer l’année, le mois, &c. pour dire,