Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/108

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parmi les peuples du septentrion, est l’original d’après lequel les Poëtes ont tiré toutes les descriptions qu’ils ont données de la justice infernale ou des procédures de Minos, d’Æaque, & de Rhadamante. Hofman dérive ce mot Achéron de l’Hébreu אחרון, qui signifie dernier, ce qui est après, ce qui est éloigné. D’autres le tirent du Grec, c’est-à-dire, de l’α privatif, & de χαίρω, se réjouir, ou bien de ἄχος douleur, tristesse, & ρεω, je coule ; comme qui diroit, un fleuve qui roule des larmes & des pleurs. Les Poëtes prennent figurément l’Achéron pour tout l’enfer.

Et l’avare Achéron ne lâche point sa proie.

☞ ACHÉRONTIQUE. adj. qui a rapport à l’Achéron. L’art de deviner avoit plusieurs branches, & les Etrusques excelloient en toutes. Tagès passoit pour l’inventeur de cet art. Il avoit composé quinze volumes qu’on nomma Achérontiques, parce qu’ils étoient capables d’épouvanter les Lecteurs. On conservoit chez les Étrusques ces volumes avec autant de soin que les Romains conservoient les livres Sybillins. Mém. de l’Acad. Etrusque.

ACHÉRUSE. s. m. Etoit un lac d’Egypte près de Memphis, aux environs duquel il y avoit de belles campagnes, où les anciens Egyptiens venoient déposer leurs morts dans des tombeaux creusés exprès. Dans ces campagnes il y avoit un Temple consacré à Hécate la ténébreuse, & deux marais appelés le Cocyte & le Léthé. Et voilà ce qui a donné aux Poëtes l’idée de leur enfer, & de leurs champs élisées.

ACHETER. v. Ceux qui prononcent ajetter, prononcent très-mal. Acquérir quelque chose à prix d’argent dont on convient. Emere. Voyez Achat. Il a acheté une terre, & l’a bien payée : il l’a achetée à beaux deniers comptans. Il a acheté les droits de cette succession. Il a acheté beaucoup d’étoffes à crédit. J’achèterois cela au poids de l’or, pour dire, chèrement. Il est permis par le Droit civil, d’acheter l’espérance. De Roch. Voyez ESPÉRANCE. Celui qui achete des charges publiques, se met dans une nécessité de vendre en détail ce qu’il a acquis en gros. C’est ce que disoit autrefois l’Empereur Sévère. De Roch.

Dès que l’impression fait éclore un Poëte,
Il est esclave-né de quiconque l’achete. Boil.

On dit aussi, acheter des bans ; pour dire, obtenir la dispense de les publier. Quelques-uns dérivent ce mot de acceptare, parce que le consentement de l’acheteur est ce qui rend parfait le contrat de vente. Ménage & du Cange veulent qu’il vienne de accaptare, qui se trouve dans les Capitulaires, & signifie petere & acquirere. D’autres le dérivent de l’Italien cattare & accattare. Les Picards disent encore acater.

Acheter comptant. C’est payer sur le champ en monnoie réelle les marchandises qu’on vient d’acheter.

Acheter au comptant ou pour comptant. C’est une manière de parler des Négocians, qui semble signifier qu’on devroit payer comptant ; cependant elle signifie que quand on achete de cette façon, on a quelquefois jusqu’à trois mois de terme pour payer.

Acheter a crédit ou a terme. C’est-à-dire, acheter à condition de payer dans un certain temps dont on convient.

Acheter, partie comptant, & partie à temps, ou à crédit. C’est payer une partie sur le champ, & prendre du temps pour l’autre.

Acheter à crédit pour un temps, à charge d’escompte, ou de discompte, ou à tant pour cent par mois pour le prompt payement. C’est une convention par laquelle le vendeur s’oblige de faire une diminution ou rabais sur le payement des marchandises qu’il a vendues, supposée que l’acheteur veuille les lui payer avant le temps, & cela à proportion de ce qu’il en restera à expirer, à compter du jour du payement.

Acheter a profit. C’est acheter suivant le livre journal d’achat du vendeur, à tant pour cent de bénéfice.

Acheter pour payer d’une foire à l’autre, ou pour payer de foire en foire, C’est proprement acheter à crédit pour un temps.

Acheter pour son compte : c’est acheter pour soi-même.

Acheter par commission. C’est acheter pour le compte d’autrui, moyennant un droit que l’on appelle de commission.

On dit proverbialement : qui achete ce qu’il ne peut, vend après ce qu’il ne veut ; pour dire, qu’on ne doit rien acheter au-dessus de ses forces. Et en parlant du vin : qui bon l’achete, bon le boit.

On dit familièrement, acheter tête & queue ; pour dire, acheter bien cher.

Acheter, se dit figurément en morale, pour marquer les difficultés qu’il a fallu lever, les obstacles qu’il a fallu surmonter, les peines qu’il a fallu essuyer pour obtenir une chose. Redimere carè. Il m’a fait acheter bien cher la grâce que je demandois. Carè vendidit. Prenez garde d’acheter un bien imaginaire, aux dépens d’un vrai bien. Je n’achete point si cher des espérances. Dac. Les hommes sont tellement amoureux de la liberté, qu’ils l’achètent au prix de la vie. Dur. Ce partisan enrichi par les concussions, a acheté de la naissance, & un nom. La Bruy.

ACHETÉ, ÉE. part. Emptus, a.

ACHETEUR. s. m. Celui qui acheté. Emptor. (On dit acquéreur quand il est question d’un immeuble ; acquéreur d’un fonds, d’une maison). C’est une espèce de revenu, que de n’être pas grand acheteur. Dur. On dit en proverbe, qu’il y a plus de fous acheteurs que de fous vendeurs. Acheteur & vendeur sont termes corrélatifs.

☞ ACHETEUSE. s. f. Femme qui achete. Emptrix. Cette femme est une grande acheteuse : elle a envie d’acheter tout ce qu’elle voit.

ACHETIVER. v. Vieux mot, qui veut dire, captiver. Captivum facere.

ACHÉVEMENT. s. m. Fin d’un ouvrage ; la perfection qu’on donne à une chose. Conduite d’une chose jusqu’à son dernier période. Perfectio, consummatio. Nous ne verrons pas l’achévement du Louvre.

Achévement. Terme de Teinture. Il se dit particulièrement des étoffes teintes en noir, qui sont commencées par les Teinturiers du grand teint, & achevées par ceux du petit teint. On fait des débouillis pour bien juger du bon achévement des noirs. Perfectio.

Achévement, au figuré, synonyme de perfection. On dit l’achévement d’un tableau, d’un ouvrage ; pour marquer toute la perfection dont il est susceptible. Dans les ouvrages de l’art, c’est le travail & l’achévement que l’on considère. Boil.

Achévement. Terme de Poëtique. C’est dans le poëme épique le dernier passage de l’agitation & du trouble, au repos & à la tranquillité ; le point qui termine le dénouement. Il y a de la différence entre le dénouement & l’achévement. L’achévement est un point & un instant sans étendue & sans durée, au lieu que le dénouement n’est pas sans longueur. L’achévement est donc la fin du dernier dénouement. Dans l’Eneïde, la mort de Turnus fait l’achévement, parce qu’elle fait cesser l’action d’Enée. Le Bossu. On dispute si l’achévement doit laisser le héros dans une tranquillité heureuse, ou s’il est libre de le laisser Malheureux. A peine voit-on de poësie qui finisse par le malheur de son héros. Id.

ACHEVER. v. Au propre, c’est finir ce que l’on a commencé : conduire une chose jusqu’à son dernier période. Perficere, absolvere, consummare. Dieu acheva l’ouvrage de la création en six jours, & confiera le septième au repos. Achever comme on a commencé. Rarement on acheve bien ce que l’on a mal commencé.

☞ On le dit aussi avec le pronom personnel. Ce livre s’acheve.

On acheve, dit M. l’Abbé Girard, ce qui est commencé est continuant à y travailler. On finit ce qui est avancé en y mettant la dernière main. On termine ce qui ne doit pas durer en le faisant discontinuer. Ainsi l’idée caractéristique d’achever est la conduite de la chose jusqu’à son dernier période ; celle de finir est l’arrivée de ce période ; & celle de terminer est la cessation de la chose.

Achever, n’a proprement rapport qu’à l’ouvrage permanent, soit de la main, soit de l’esprit. Finir, se place particulièrement à l’égard de l’occupation passa-