Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/13

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espèce de Dictionnaires dont nous avons parlé, n’étant que de simples particuliers, souvent ignorés, n’ont point, quelque éclairés qu’ils puissent être, assez d’autorité pour décider de leur chef. Ils sont donc obligés d’emprunter des Ouvrages d’autrui, une autorité qu’ils ne peuvent se donner d’eux-mêmes, & d’appeler en témoignage nos meilleurs Ecrivains, sur les choses qu’il leur faut décider. Ces Auteurs qu’on cite, ajoute l’Observateur, n’ont pas toujours eu de pareilles vues en écrivant. Qu’il me dise donc quelles vues ils ont pu avoir dans l’emploi qu’ils ont fait des mots. C’est peut-être une bévue d’apporter pour exemple le Dictionnaire de l’Académie Françoise, qui ne cite point. L’Académie faisant un Corps composé des personnes les plus versées dans la connoissance de la Langue, chargée de la composition d’un Dictionnaire, ne devoit pas rapporter les sentimens des autres, mais déclarer les siens : elle ne pouvoit donc, ni ne devoit citer ; elle n’auroit pu citer que ses propres Membres ; ce qui auroit blessé leur modestie. En citer d’autres qui ne fussent pas de son Corps, ç’eût été, en quelque sorte, soumettre son autorité à une autorité étrangère. On doit regarder en cela l’Académie comme une Cour Souveraine, qui a droit de rendre des Arrêts, sans être obligée de les motiver : au lieu que les autres ne peuvent être considérés que comme des Avocats qu’on consulte, & qu’on ne croit qu’autant qu’ils sont fondés sur de bonnes raisons, ou sur des témoignages certains.

On pourroit ajouter que le Public paroît pencher un peu plus du côté de ceux qui citent, que du côté de ceux qui ne citent pas, moins peut-être par raison, que par une certaine malignité, & par un effet de cet orgueil si naturel à l’esprit humain, qui n’aime pas à être maîtrisé, ni qu’on lui impose des loix absolues, sans lui en faire connoître les motifs & les raisons. Cette espèce de soumission aveugle qu’il croit qu’on exige de lui, le choque & le révolte : il est, au contraire, flatté agréablement par la déférence & le ménagement que font paroître pour ses lumières ceux qui n’avancent rien, sans l’appuyer de preuves solides & de bons témoignages. Il veut être instruit, mais il n’aime pas qu’on lui donne des leçons ; & il présume qu’on veut lui en donner, lorsque, sans citer, on semble lui prescrire d’autorité, qu’il faut parler de telle ou telle manière, ou qu’il ne faut pas se servir de telle ou telle expression. Ceux qui citent au contraire, semblent moins lui prescrire comment il faut parler, que lui apprendre comment ont parlé les plus célèbres Auteurs. Il se figure que les premiers veulent lui imposer une espèce d’obligation & de nécessité de se rendre à leurs décisions ; & c’est ce qui lui déplaît. Il s’imagine, au contraire, que les seconds ne font que lui exposer les sentimens & l’usage des meilleurs Ecrivains, en lui laissant la liberté de s’y conformer ; & c’est ce qui flatte son amour-propre. Enfin il regarde les uns comme des Juges suprêmes qui rendent des Arrêts, & qui veulent qu’on s’y soumette sans discussion ; au lieu qu’il considère les autres comme des amis éclairés, qui délibèrent avec lui si l’on peut user de telle ou telle expression sur la foi & l’autorité de tels ou tels Auteurs qui s’en sont servis. Ce n’est point une loi qu’on lui impose ; c’est un avis qu’on lui propose ; c’est un conseil qu’on lui donne, auquel il se rend d’autant plus volontiers, qu’il semble le faire avec moins de contrainte. Revenons à notre sujet.

Persuadés, avec l’Abbé Girard, 1°. que c’est la multiplicité des idées qui produit & qui doit produire la multiplicité des termes ; 2°. qu’il importe peu d’en avoir plusieurs pour peindre une seule idée, tandis qu’on en manque pour quelques-unes ; nous ne définissons point un mot par un autre, comme s’ils étoient parfaitement identiques ; ou si quelquefois on s’est vu contraint de le faire, ce n’est qu’après avoir marqué les nuances qui distinguent ces prétendus synonymes, & qui leur donnent un caractère propre & individuel. Les définitions sont suivies des autorités qui sont le plus généralement reçues, les plus sûres sur la significa-