Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/15

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considérables, en ajoutant les articles qui manquoient, en abrégeant ceux qui étoient trop longs, en corrigeant ceux qui étoient fautifs, &c.

Dans les questions qui concernent la Théologie & la Religion, on s’est fait une loi de ne jamais s’écarter de la doctrine de l’Eglise. C’est pour cela que l’on a cru devoir retoucher quelques articles, dans lesquels il n’y avoit peut-être pas toute l’exactitude qu’on auroit pu désirer.

Pour la Morale, la Métaphysique, la Jurisprudence, &c. on a puisé dans des sources qui ne sont nullement équivoques.

Un avantage particulier à cet Ouvrage, c’est qu’on y trouve une explication curieuse & précise de toutes les Sectes différentes, en matière de Religion. Comme ces mots transférés d’une langue étrangère dans la nôtre, en font maintenant une partie, on ne pouvoit se dispenser de les mettre en leur place ; & il eût été inutile de les y mettre, si l’on n’eût donné en même-temps une explication assez ample pour faire connoître toute la force & l’étendue de leur signification. Si l’on a eu tant d’exactitude à expliquer les différentes Sectes de Religions étrangères, on en a encore plus apporté sur ce qui regarde les Sectes particulières qui partagent la Religion Chrétienne, & les Hérésies diverses qui en sont sorties ; mais on n’a point perdu de vue la nature de l’ouvrage auquel on travailloit. On s’est contenté d’exposer les opinions sur lesquelles ces Hérésies sont fondées, & cela d’une manière simple, sans sortir des bornes d’un Dictionnaire, où l’on ne doit toucher ces matières qu’autant qu’elles sont du ressort de la Grammaire, & que les termes qui leur sont particuliers, font partie de la langue. C’est aux Théologiens à réfuter les erreurs, & à établir les vérités sur lesquelles est appuyée la véritable Religion ; il suffit au Grammairien d’expliquer nettement les termes dont on est obligé d’user, en traitant ces sortes de questions, & de donner des notions claires de ces partis différens qui se sont élevés contre l’Eglise. C’est tout ce qu’on peut raisonnablement exiger de lui ; & il sortiroit de sa sphère, s’il poussoit l’érudition plus loin. On n’attend point de lui qu’il s’érige en Controversiste, mais qu’il rende les Controversistes intelligibles dans les démêlés de Religion qu’ils ont ensemble. En un mot sa jurisdiction est resserrée précisément dans les mots & dans les termes de la langue, & elle ne s’étend point jusqu’aux choses, dont il ne lui est permis de parler, qu’autant que cela est nécessaire pour l’intelligence des mots mêmes, qui font proprement l’objet qu’il doit se proposer, & la matière où doit se renfermer son érudition & sa critique.

Reste l’Orthographe, sur laquelle il y a toujours bien de l’arbitraire. On a préféré celle qui est autorisée par l’usage. En fait d’Orthographe & de Langue, l’usage est seul législateur. Les signes qui représentent la parole étant purement conventionnels, cette convention ne peut être autorisée ni connue que par l’usage. Peut-être y auroit-il encore bien des changemens utiles à faire dans l’Orthographe usuelle ; mais cette réforme doit être l’ouvrage du temps. Si même elle se fait jamais, ce sera peu-à-peu, insensiblement ; les mots dont l’Orthographe est vicieuse, seront rectifiés l’un après l’autre ; une réforme précipitée ou subite brouilleroit tout.

Nous rendons compte de notre travail, pour démontrer la différence du Dictionnaire de Trévoux, tel qu’il paroît aujourd’hui, de ce qu’il étoit dans les éditions précédentes, & combien il diffère encore de tous ceux qui ont quelque rapport avec lui. C’est au jugement du Public à nous en apprendre le succès.

Il nous reste à parler des fautes qui pourront se trouver dans ce Dictionnaire. Quelque exactitude qu’on ait pu y apporter, on ne se flatte point que dans un Ouvrage aussi considérable, qui embrasse tant de matières, il ne soit rien échappé qui ne soit juste. Nous passons nous-mêmes condamnation par avance sur tout ce qu’on y trouvera de fautes bien prouvées. Nous aurons une véritable & sincère obligation à quiconque voudra bien se donner la peine de nous les faire connoître ;