Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/171

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.

dare. Ce banqueroutier a affronté tout le monde. C’est un coquin qui affronte en vendant de mauvaises marchandises qui ont de l’apparance.

☞ AFFRONTÉ, ÉE. part. Périls affrontés. Gens affrontés par un marchand.

Affronté, en termes de Blason, se dit des animaux qui sont posés vis-à-vis l’un de l’autre, dont les têtes se regardent dans un écu. Deux lions affrontés sont ceux qui sont front contre front. Gemini leones adversis frontibus picti. On le dit aussi quand il n’y a que leurs têtes ainsi disposées. On le dit même, quand ils sont en des quartiers différens, encore qu’il y ait d’autres pièces entre deux. Il portoit d’or à deux lions affrontés de gueules. On dit aussi en termes d’Antiquaires : têtes affrontées.

AFFRONTERIE. s. f. Action d’affronter. Fraus, fraudatio. Il y a un très-grand nombre de gens qui ne vivent que d’affronterie. Servez-vous rarement de ce mot. Apparemment que sa ressemblance avec effronterie n’a pas peu contribué à le bannir presque de l’usage ordinaire.

AFFRONTEUR, EUSE. adj. & s. m. & f. Celui ou celle qui affronte. Fraudator, Sycophanta. Paris est plein de devins, de donneurs d’avis, de faux chimistes, qui sont tous des gueux, des filous & des affronteurs.

AFFUBLEMENT. s. m. Voile, vêtement, habillement, tout ce qui couvre, cache, enveloppe la tête, le visage, le corps. Velamentum, Amictus. Ce mot ne peut avoir d’usage que dans le comique, ou dans le style familier.

AFFUBLER. v. a. Cacher, envelopper sa tête, son visage, ou son corps de quelque habillement, de quelque voile. Amicire, obtegere, involvere. Les Moines & les Hermites s’affublent d’un froc. Dans les cérémonies des obsèques des Princes, les parens sont affublés de grands chaperons de deuil. Cette femme étoit affublée dans sa cappe pour n’être pas connue. Il y a de bons auteurs qui prétendent que le mot d’affubler n’est plus en usage que pour signifier se couvrir, se vêtir, sans avoir égard à la tête. Au moins est-il certain qu’être affublé se trouve pour être couvert, être vêtu.

Le moindre de leurs valets
Est affublé d’écarlate. Main.

O qu’il est indignement
Affublé d’une soutane ! Id ;

Nicod dérive ce mot de insula, qui signifie une ancienne coiffure. On dit encore en Picardie, défuler ; pour dire, se décoiffer, ôter son chapeau. Du Cange le dérive de Affibulare, mot de la basse latinité qui vient de fibula:c’étoit une boucle, ou agraffe servant à attacher les habits longs qui couvroient & enveloppoient tout le corps ; comme on a dit clavi, & laticlavi, des vêtemens honorables ainsi attachés.

☞ On s’en sert plus ordinairement avec le pronom personnel. S’affubler d’un manteau.

On dit au figuré, s’affubler de quelqu’un ; pour dire, en être coiffé & entêté. Efferri studio alicujus viri aut rei. Les disciples de Platon étoient affublés des opinions de leur maître. Les gens foibles se laissent affubler par des directeurs & par des flatteurs. Ce mot, en quelque sens qu’on le prenne, ne se peut dire qu’en raillant, ou dans le style familier.

AFFUBLÉ, ÉE. part. Qui est couvert, qui est enveloppé de quelque voile, de quelque habillement. Opertus, amictus, involutus.

☞ AFFUSION. s. f. En Pharmacie, est l’action de verser une liqueur chaude ou froide sur certains médicamens. Les infusions & préparations de certaines substances, doivent se faire de cette façon pour n’en pas dissiper les parties volatiles.

AFFÛT. s. m. Machine de bois servant à soutenir le canon, ou à le transporter ailleurs. Tormenti bellici lignea compages, pes, fulcimentum, sessibulum, vehiculum. L'affût d’un canon de navire, ou de casemate, consiste en deux roues sans rais, d’une seule pièce de bois. L’affût d’un canon qui va en campagne consiste en deux fortes roues, qui portent deux longues & fortes pièces de charpente, qu’on nomme flasques, dans lesquelles est comme enchâssé le canon, qui se meut sur ses tourillons comme sur un centre en équilibre. On y ajoute un avant-train composé de deux moindres roues, quand on le fait marcher. Les mortiers ont aussi leurs affûts, dont les roues sont comme celles des canons des vaisseaux ou des casemates.

Affût de bord, est le nom qu’on donne aux affûts des canons qui servent sur les vaisseaux.

Affût Turc. Les affûts des canons Turcs sont différens des nôtres, en ce que les roues des premiers sont pleines, & que celles des nôtres sont à jour, & liées par des rayons qui vont du centre à la circonférence. Le Dictionnaire militaire explique mal cette différence.

Affût, en termes de Chasse, est un lieu caché, où l’on se met avec un fusil pour attendre le gibier au passage, Venatoris, insidiæ, specula. On va le soir à l’affût, & le matin a la rentrée.

☞ On dit figurément & proverbialement, qu’un homme est à l’affût ; pour dire, qu’il est au guet, qu’il épie l’occasion de faire quelque chose, de parler à quelqu’un. Esse in speculis.

AFFÛTAGE. s. m. Soin qu’on prend du canon pour le pointer, le disposer à tirer. Tormenti bellici ad emissionem comparatio.

Affûtage, se dit dans le métier de Chapelier, de la façon que l’on donne à un vieux chapeau, soit en le remettant à la teinture, soit en le redressant sous les plombs, soit en lui donnant le lustre.

Affûtage, signifie aussi la façon que l’on donne aux outils tranchans, en les passant & aiguisant sur le grès, pour les faire mieux couper.

Affûtage, se dit aussi chez les ouvriers, d’un assortissement de tous les outils dont ils ont besoin. Omnia artis alicujus instrumenta, supellex. On le dit encore des pièces qu’on applique aux fontaines jaillissantes pour en diversifier le jet.

AFFÛTER. v. a. Disposer le canon à tirer, le mettre en mire. Tormentum ad emissionem disponere, librare.

Affûter, signifie aussi chez les ouvriers, aiguiser les outils. Acuere, exacuere.

☞ Les Peintres & les Dessinateurs disent aussi affûter les crayons ; pour dire, aiguiser les crayons.

Affûter, se dit mieux des bois & des crayons que des métaux. On aiguise un instrument neuf, & celui qui a servi ; on n’affûte que celui qui a servi. Aiguiser, c’est donner la forme convenable à l’extrémité d’un instrument qui doit être pointu. Affûter, c’est réparer cette forme altérée par l’usage.

☞ On dit figurément s’affûter, dans le même sens qu’être à l'affût, se préparer, se disposer à faire quelque chose, épier l’occasion. Ils s’affûtent pour nous jouer quelque tour. Il est très-familier.

AFFÛTÉ, ÉE. adj. On dit qu’un artisan est affûté de tous ses outils, quand il a près de lui tous ceux dont il a besoin pour travailler. Comparatus ab omnibus instrumentis, ab omni artis suppellectile.

Affûté, se dit aussi figurément d’une personne qui est venue préparée & disposée à dire ou à faire quelque chose. Ils étoient trois ou quatre Juges affûtés pour faire gagner le procès à cet homme-là.

Nicod dérive tous ces mots de fustis, bâton.

AFFÛTIAU. s. m. Terme populaire, pour signifier, bagatelle, brimborion, affiquet, &c.

AFI.

AFICHIER & AFICHER. Vieux mot, qui veut dire ; attacher, mettre son application.

Celui qui en trésors s’afiche. R. de la R.
Le cuer est mal affiché.

AFIERT. Vieux mot, qui veut dire, convient, appartient : Voyez Borel, Nicod, le Songe du Verdier, & les Stances chrétiennes, où il est dit :

Faites à mon nez l’honneur
Qui afiert à tel Seigneur.