Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/199

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.
Book important2.svg Les corrections sont expliquées en page de discussion

Bourgogne, & le Languedoc, la Cour des Aides est unie à la Chambre des Comptes.

On appelle aussi le lieu où l’on tient ce Tribunal, la Cour des Aides. Le Greffe, la Buvette de la Cour des Aides.

Aides, en termes de Manége, se dit des secours que tire le Cavalier des effets modérés de la bride, de l’éperon, du poinçon, du caveçon, de la gaule, de la voix, du mouvement des jambes & des cuisses, pour manier un cheval comme il lui plaît. Adjumenta. Ce cheval connoît les aides, obéit, répond aux aides ; prend les aides avec beaucoup de facilité, & de vigueur. Ce sauteur alloit extrêmement haut & juste en ses sauts, & sans aucune aide. Newcastle. Ce Cavalier donne les aides extrêmement fines : pour exprimer qu’il manie le cheval à propos, & lui fait marquer avec justesse ses temps, & ses mouvemens. Les aides dont on se sert pour faire aller un cheval par airs, & celles dont on se sert pour le faire aller sur le terrain, sont bien différentes. Newcastle. Il y a trois aides différentes qui se font ayant la rêne de dedans du caveçon à la main. La première est de mettre l’épaule de dehors du cheval en dedans ; la seconde est de lui mettre aussi en dedans l’épaule de dedans ; & la troisième est de lui arrêter les épaules. Id. Il y a les aides des éperons, les aides secrètes du gras de la jambe & des éperons, les aides de la houssine, les aides secrètes du corps du Cavalier. Les aides du corps doivent être fort douces.

A l’aide. adv. C’est-à-dire, au secours. A l’aide, on me tue, on m’assassine. Adeste, ferte opem.

Aide, se dit proverbialement en ces phrases. On dit avec un ton admiratif, dans quelque accident surprenant : Dieu nous soit en aide, & Dieu vous soit en aide, à ceux qui éternuent, ou à des pauvres qu’on renvoie sans leur donner l’aumône. Adsit Deus : Deus adjuvet.

 
Enfin il n’est rien tel que d’avoir un mari :
Ne fût-ce que pour l’heur d’avoir qui vous salue
D’un Dieu vous soit en aide alors qu’on éternue.

Mol.

On dit, bon droit a besoin d’aide ; pour dire, ce n’est pas assez que d’avoir une bonne cause, il faut encore la solliciter. Un peu d’aide fait grand bien ; pour dire, qu’un petit secours a son utilité. On dit, d’un homme qui va aux emprunts chez ses amis, d’un Auteur qui se fait aider par un autre, ou d’une coquette qui ne se contente pas de son mari, qu’ils vont à la cour des aides. Tout cela est populaire.

AIDEAU. s. m. Morceau de bois d’environ trois pieds de long, qu’on passe dans les bouts des barres d’une charrette pour voiturer du bois, & pour soutenir des charges élevées. Dict. des Arts, 1731.

AIDE-MAJORITÉ. s. m. La charge, la qualité d’Aide-Major.

AIDER. v. a. Secourir quelqu’un, lui prêter son aide & son assistance. Opitulari, adjuvare, opem ferre. Il régit, suivant les différences des cas, le datif & l’accusatif de la personne. Aider quelqu’un. Aider à quelqu’un. Dieu nous ordonne d’aider les pauvres, d’aider aux pauvres. Il faut pourtant mettre quelque différence entre aider quelqu’un, & aider à quelqu’un. Aider quelqu’un, c’est lui donner seulement quelque secours, & quelque assistance : au lieu qu’aider à quelqu’un, c’est partager avec lui le travail & la peine. Il y en a d’autres qui y mettent une autre différence, & qui disent que aider régit l’accusatif quand il se dit des personnes, & le datif, quand il se dit des choses. Apollon aide à la naissance des beaux esprits. Gomber. Aider à la fortune de quelqu’un. Vaug. Il faut encore remarquer sur le verbe aider, que quand il régit l’accusatif de la personne, il régit l’ablatif de la chose. Aider quelqu’un de son crédit. Ablanc. Il aidoit ses voisins de ses biens. Il faut aider ses amis de sa bourse.

Quand ce verbe est suivi immédiatement d’un autre verbe, il régit l’infinitif précédé de la particule à : & alors il signifie, être utile, servir, contribuer, participer au succès d’une chose, & s’employer pour la faire réussir. Aider quelqu’un à porter un fardeau. Elle n’avoit personne qui lui aidât à faire les funérailles de sa mere.

Aider, assister, secourir, dans une signification synonyme. On dit secourir, dans le danger. Aider, dans la peine. Assister dans le besoin. Secourir, part d’un mouvement de générosité ; aider d’un sentiment d’humanité ; & assister d’un mouvement de compassion.

☞ On va au secours dans le combat. On aide à porter un fardeau. On assiste les pauvres. Syn. Fr.

Aider, se dit aussi des choses inanimées, pour marquer l’avantage, le service qu’on en tire. Adjuvare, juvare, Adjumento esse. Les machines ont été inventées pour aider les hommes à remuer de gros fardeaux. Un peu de vin pur après le repas, aide à la digestion. On voit tous les jours des hommes avec peu de mérite, aidés du hasard, & de la fortune, acquérir de la réputation. P. Bourd. En ce sens, il se dit quelquefois pour signifier tout le contraire d’un secours, d’une utilité. La perte de ce vaisseau a beaucoup aidé à la banqueroute de ce Marchand. Sa dernière débauche n’a pas peu aidé à le faire mourir.

Aider, se dit aussi en matière spirituelle. La grâce aide un pécheur à se convertir. En vain travaillons-nous, si Dieu ne nous aide. Il faut aider la liberté de celui qui nous avertit, en recevant facilement ses avis. S. Evr. Une glose aide à faire entendre le texte.

On dit au jeu de la bête, qu’il faut aider au contre ; pour dire, tâcher de le faire perdre.

On dit au Manége, aider un cheval, lorsque l’adresse & le secours du Cavalier lui aident à travailler à propos, & à lui faire marquer ses temps avec justesse par les aides de la langue, de la main, de la jambe, du talon, de la bride, de la gaule, &c. M. Ménage dérive ce mot de l’Italien aiutare, qui est fait du latin adjutare, qui se trouve dans Ennius, dans Plaute, dans Térence, & même sur des médailles du bas Empire ; d’où les Espagnols ont fait Adjudant.

Aider, s’emploie souvent avec le pronom personnel, & signifie alors, se servir de quelque chose. Uti aliquâ re, adhibere aliquid. Un paralytique ne se peut aider de ses membres. Un gaucher ne s’aide pas si bien de sa droite que de sa gauche. Dans la nécessité on s’aide de tout ce que l’on trouve.

On dit au Palais, qu’un homme s’aide d’une pièce, quand il la produit pour en tirer quelque avantage, en faire usage. On n’est point reçu à s’inscrire en faux contre un acte qu’a produit une partie adverse, que le Juge ne lui ait fait faire une déclaration précise si elle s’en veut aider. Les présomptions sont des adminicules de preuves qui aident à la conviction d’un accusé.

On dit aussi absolument, & dans la conversation commune, qu’il faut qu’un homme s’aide ; pour dire, qu’il fasse un effort de lui même, pour profiter du secours qu’on lui veut donner. Conari, eniti. Je ne puis pas vous prêter toute la somme que vous me demandez ; il faut que vous vous aidiez, que vous cherchiez le reste ailleurs.

Ce verbe devient quelquefois réciproque, en y préposant la particule entre. Il faut que les hommes s’entraident, qu’ils s’aident l’un l’autre, & se pretent un secours mutuel. Mutuam sibi opem, operam præstare, navare.

Aider, se dit proverbialement en ces phrases : Dieu aide à trois sortes de personnes, aux fous, aux enfans & aux ivrognes. On dit aussi, aide-toi, Dieu t’aidera ; pour dire, qu’on n’obtient rien de Dieu sans travailler soi-même au succès de ses entreprises, & que les paresseux ne doivent attendre aucun secours de la Providence, suivant ce proverbe Espagnol :

 
A quien madruga, Dios le ayuda.
A qui se leve matin,
Dieu aide & prête la main.

On dit aussi, qu’il faut aider à la lettre ; pour dire, suppléer à ce qui manque, deviner à demi mot. On dit encore, aider à la lettre, lorsqu’on ajoute quelque chose du sien à une histoire, à une fable pour l’embellir & la rendre plus agréable.