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vomitumque ciet. Aller à la selle avec beaucoup de vents. Alvum reddere cum mulco spiritu.

☞ On dit en ce sens, qu’un malade laisse tout aller sous lui ; pour dire, qu’il ne peut plus retenir ses excrémens. Alvus resoluta, fusior.

Se laisser aller, se dit des gens qui ne sont pas fermes de corps. Dejicere, demiettere ; & s’il est neutre, prolabi, flacescere, Laxo ac remisso esse corpore. Il laisse aller son corps, ses bras, sa tête en dansant. Il s’applique figurément aux choses spirituelles & morales. Il se laisse aller à toutes ses passions. Il se laisse aller à tout ce qu’on lui dit, pour dire, il est crédule, on fait de lui tout ce qu’on veut. On dit aussi, se laisser aller, pour signifier, ne pas résister, ne pas faire la résistance qu’on pourroit ou qu’on devroit faire. Permittere se, Parere, Morem gerere. Cette fille s’est laissé aller ; pour dire, qu’elle n’a pas résisté aux insinuations de son amant. Il se laisse aller aux pleurs comme une femme. Ablanc. Heureux l’homme qui ne se laisse point aller au conseil des méchans.

Aller, avec le pronom personnel, & la particule en, est réciproque, & signifie alors sortir d’un lieu. Abire. Il s’en va, arrêtez-le. Ils s’en sont allés. Ils s’en iront demain.

s’en aller, signifie s’écouler, dissiper, s’évaporer. Ce muid de vin s’en va ; pour dire, que le vin qui est dedans, s’écoule. Diffluere. Si votre fiole n’est pas bien bouchée, l’esprit de vin s’en ira.

Faire aller, façon de parler qui ne peut trouver place que dans la conversation, ou dans le style très-familier, signifie quelquefois, congédier, renvoyer. Dimittere. Faites en aller tout le monde. Quelquefois ôter, effacer, guérir. On vend des pierres pour faire en aller les taches des habits. Abolere , delere. Pommade pour faire en aller les rousseurs. Secret pour faire en aller les punaises. Recette pour faire en aller la fièvre.

s’en Aller, se dit encore des choses qui s’usent ou se consument de quelque manière que ce soit. Cet habit s’en va. Usu detrita est vestis. Son argent s’en va en procès. Absumi , consumi. Tout son temps s’en va à cette affaire.

☞ Dans le style très-familier, on dit qu’une chose s’en va faite ; pour dire, qu’elle est sur le point de finir, d’être achevée. Le sermon s’en va dit. La comédie s’en va finie. On dit aussi dans le même style qu’une chose s’en va commencer, s’en va finir ; pour dire, qu’elle commencera ou finira bientôt. Le sermon s’en va commencer, s’en va finir. Il s’en va onze heures. Il s’en va midi.

☞ Au jeu des cartes, On dit s’en aller d’une carte ; pour dire, l’écarter, ou s’en défaire. Abjicere, dimittere. Il s’en est allé d’un roi. Je m’en suis allé de tous mes carreaux.

s’en Aller. Terme de Trictrac. S’en aller, je m’en vais, allons-nous-en, sont les termes dont se sert un joueur, qui voyant que son jeu n’est pas si beau que celui de son adversaire, se dégarnit entièrement, remet les dames au talon, & oblige l’autre à en faire de même, pour recommencer de nouveau. L. S. Un joueur ne peut s’en aller que sous deux conditions. La première est qu’il ne peut le faire que lorsqu’il a assez de points pour marquer au moins un trou de son dé, & non pas du dé ou de la perte de son adversaire, Id. S’en aller d’accord. Il arrive souvent qu’après avoir commencé un retour, les deux joueurs conviennent ensemble de s’en aller au premier trou ; souvent même dans le jeu ordinaire, lorsque les avantages paroissent égaux, & qu’on craint mutuellement le retour, on permet à celui qui fait un trou de points donnés, ou d’écoles, de s’en aller contre la règle générale. Cela est permis ; celui qui s’en va de la sorte, joue le premier à la reprise suivante ; mais on doit éviter ces façons de s’en aller. Id. Lorsqu’on veut s’en aller, il faut dire, je m’en vais, avant de rompre son jeu, ou du moins en le rompant. Tr. du Trictrac. Il n’est pas permis de s’en aller après avoir dit je tiens, ni de tenir après avoir dit je m’en vais. Ib. Celui qui veut s’en aller, ne doit pas jouer son bois, autrement il ne peut plus s’en aller. Ib. Qui s’en va, perd tous les points qu’il a de reste.

Aller, est quelquefois substantif. L’aller ne me coûte rien, il n’y a que le retour. ☞ Au long aller petit fardeau pese, pour marquer, qu’il n’y a point de charge, quelque légère qu’elle soit, qui ne devienne fâcheuse à la longue. Marot a aussi employé cet infinitif substantivement.

Le temps (pour vrai) efface toutes choses
Au long aller mes tristes encloses
Effacera.

☞ On dit aussi le pis aller ; pour dire, le pis qui puisse arriver. Quod deterius contingere potest. Alors il s’emploie ordinairement avec les pronoms personnels. S’il ne réussit pas dans son entreprise, son pis aller sera de demeurer comme il est. Si vous ne trouvez pas mieux, je serai votre pis aller.

☞ On dit aussi adverbialement, au pis aller. Au pis aller, j’en serai quitte pour une reprimande.

Aller, se dit proverbialement en ces phrases. Aller son chemin, poursuivre son entreprise. Aller son grand chemin, sans détour, sans artifice. On dit qu’un homme sait aller & parler ; pour dire, qu’il est éclairé, qu’on peut lui confier quelque affaire. On lui a donné l’aller & le venir ; pour dire, un soufflet sur chaque joue. On dit encore à force de mal aller, tout ira bien, quand on espère quelque révolution, quelque événement heureux qui fera changer la face des affaires. On dit aussi il y va de cul & de tête, comme une corneille qui abat des noix : il n’y va que d’une fesse ; pour dire, qu’il agit mollement & lentement. Cela est comme le Bréviaire de Messire Jean, il s’en va sans dire, en parlant de quelque chose qu’on doit sous-entendre. Cela va comme il plaît à Dieu, en parlant d’une chose dont on néglige la conduite. Cela ne va pas comme votre tête ; pour dire, cela n’ira pas comme vous pensez. On dit qu’un homme va vîte en besogne ; pour dire, qu’il expédie les affaires ; & quelquefois, qu’il y va à l’étourdie, & qu’il ne consulte pas assez. Allez lui dire cela, & puis allez vous chauffer à son feu ; pour dire, allez-lui reprocher en face sa faute. Toujours va qui danse ; pour dire, faire une chose bien ou mal. Tout son bien s’en est allé en eau de boudin, en brouet d’andouilles, à-vau-l’eau. On dit aussi, il va & vient comme un pois en pot ; pour dire, qu’il se donne beaucoup de mouvement sans sujet. Tout y va, la paille & le blé. On dit encore, on va bien loin depuis qu’on est las, il ne faut pas se décourager, se rebuter dans les affaires. Tout chemin vont à Rome, par différens moyens on arrive au même but. On dit qu’un homme n’y va pas de main morte ; pour dire, qu’il frappe de toute sa force. Qu’on l’a bien rangé à son devoir. On appelle aussi un las d’aller, un fainéant, un paresseux, qu’on a de la peine à faire travailler. On dit aussi, ce qui vient de la flûte, s’en va par le tambour ; pour dire, que le bien s’en est allé comme il étoit venu ; ce qui se dit aussi d’un bien mal acquis. Malè parta malè dilabuntur. Va-t-en voir s’ils viennent Jean, va-t-en voir s’ils viennent, qu’on prononce comme en chantant. Ce qui se dit d’une personne qui s’est esquivée, dont on n’attend plus le retour ; on le dit aussi d’une chose qui a été détournée. En allant doucement on va bien loin ; pour dire, que sans rien brouiller, ni se précipiter, on ne laisse pas de faire bien de l’ouvrage. Cet homme va comme on le mène, c’est-à-dire, est foible & ne fait rien de lui-même. Qui va trop loin se perd. M. de Coulanges a employé ce proverbe pour marquer qu’il ne faut rien entreprendre au-dessus de ses forces.

Sapho qui va trop loin se perd.
Je crains un labyrinthe :
Le chemin ne m’est point ouvert,
Pour aller à Corinthe.

Ces deux derniers vers sont encore un proverbe grec & latin qu’il a traduit en notre langue : Non licet om-

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