Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/27

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les langues qui, comme la latine & quelques autres, ont marqué par différentes terminaisons, les différentes circonstances où un nom peut se rencontrer, n’est autre chose que l’expression d’un rapport d’attribution par lequel une chose ou une action se termine à une autre comme à sa fin, à son objet. Les bons conseils sont nécessaires à un jeune homme. La nécessité des bons conseils est une chose dont l’existence a pour fin, pour objet, un jeune homme pris génériquement. A dans cette phrase & autres semblables, est donc une vraie préposition qui indique ce rapport, & qui n’a point d’autre fonction que cette indication.

Au reste l’usage de cette préposition pour indiquer ces sortes de rapports, est tellement naturelle, que les langues mêmes qui ont une terminaison uniquement destinée pour les marquer, ne laissent pas de négliger quelquefois cette terminaison, pour avoir recours à la préposition. On dit en latin quod attinet ad me, loqui ad illum, ou illi.

On peut assurer que le rapport exprimé par a, & auquel répond le datif des langues où ce cas est en usage, est la vraie signification de cette préposition. Mais comme on l’a employée dans beaucoup d’autres circonstances, dont le détail seroit immense, il est nécessaire d’établir des régles fixes & générales, & à cet effet de remonter aux principes.

Toute préposition est placée entre deux termes qu’elle joint, & entre lesquels elle marque une relation. Je suis avec vous. Avec annonce que le rapport qu’il y a entre mon existence & la vôtre, est qu’elles se rencontrent dans le même lieu ou dans le même temps. Un bon pere travaille pour ses enfans. Pour déclare que le travail d’un bon pere se rapporte à ses enfans, & qu’ils en sont l’objet, &c.

La nature du rapport marqué par la préposition se connoît, ou par la signification naturelle & primitive de cette préposition, ou par la signification des mots qu’elle unit & qu’elle rend corrélatifs. Ainsi, je suis avec vous, la préposition avec indique par elle-même la relation qu’elle établit entre votre existence & la mienne : sa signification naturelle est de marquer l’assemblage de deux ou de plusieurs choses, soit dans un même lieu, soit dans un même espace de temps.

Souvent aussi les prépositions s’écartent de leur sens propre, & varient dans leurs significations, suivant les circonstances, & la signification des termes qu’elles unissent. C’est alors à l’auditeur ou au lecteur à découvrir le sens que celui qui parle ou qui écrit, a voulu attacher à la préposition qu’il emploie, & qui est indiqué par la signification des deux termes. Ainsi je m’approche de la chose dont la proximité m’est utile ou agréable, & je m’éloigne de celle dont le voisinage m’est nuisible ou désagréable. La préposition de, dans ces deux phrases, marque deux rapports opposés : dans la première, elle marque un rapport de proximité, suffisamment désigné par le verbe je m’approche qui la précéde ; & dans le second, elle annonce un rapport d’éloignement, qui lui est assigné par le verbe je m’éloigne. On pourroit donner un exemple pareil sur le plus grand nombre des prépositions.

Si quelques-uns de nos Grammairiens s’étoient donné la peine d’étudier ce principe, ils se seroient épargné bien des recherches & des distinctions métaphysiques, fausses pour la plupart & toutes inutiles. Ils n’auroient point dit que la préposition à indique un rapport de cause mouvante, comme dans moulin à vent, arme à feu ; un rapport d’effet, comme dans moulin à papier ; un rapport d’instrument, comme dans aiguille à coudre ; un rapport de situation, comme dans cette phrase, Paris est à deux lieues de S. Denis ; un rapport d’époque, comme le déluge est à 1600 ans de la création du monde, &c. &c. Quoique ces rapports, dont l’énumération exacte est impossible, se trouvent entre les mots qui sont joints par la préposition à, elle n’est point destinée à les marquer, & si elle le fait, ce n’est que par accident, par extension & par un abus autorisé par l’usage.

Ce n’est donc point par ces détails minutieux & arbitraires, qu’un Grammairien doit chercher à faire connoître la destination de la préposition à. Il doit d’abord établir sa signification primitive, qui consiste à marquer que l’un des deux termes qu’elle joint, est l’objet, le but, la destination, le pourquoi de l’autre. La préposition à est prise dans son sens naturel en ces phrases. Aller à Lyon : à marque que celui qui fait l’action de se transporter, a la ville de Lyon pour terme de sa démarche. Un instrument propre à cultiver la terre. La propriété de l’instrument dont il s’agit, a pour objet la culture de la terre, &c. & pour peu que l’on y réfléchisse, on trouvera que cette préposition conserve cette signification dans la plûpart des circonstances où elle se rencontre.

C’est ce qu’on va tâcher de faire connoître, en parcourant les différentes positions dans lesquelles la préposition à peut se trouver.

A après un nom substantif.

Air à chanter, est un air destiné à être chanté, plutôt qu’à être joué sur un instrument. Billet à ordre, est un billet fait pour être acquitté, quand celui à qui le créancier l’a transmis, l’ordonnera. Chaise à deux ; chaise faite pour contenir deux personnes. Doute à éclaircir ; doute qui, par l’importance de la chose qui en est l’objet, doit être éclairci, est destiné pour être éclairci. Entreprise à exécuter ; Entreprise que son importance destine à l’exécution. Grenier à sel, c’est-à-dire, destiné à contenir du sel. Habit à la mode, c’est-à-dire, conforme à la mode, dont la couleur ou la façon, &c. sont conformes au goût dominant. Plaine à perte de vue ; plaine dont l’étendue est cause que ses limites échappent à la vue, &c. &c.

A après un adjectif.

Agréable à la vue, chose dont les agrémens sont destinés à flatter la vue. Bon à prendre & à laisser, chose dont la bonté est telle qu’elle n’est pas plus destinée à être prise, qu’à être laissée. Délicieux à manger, c’est-à-dire, qui flatte beaucoup le goût, &c.

A après un verbe.

Un ou deux exemples suffisent pour faire voir que l’action ou la façon d’être, exprimée par un verbe suivi de la préposition à, a presque toujours pour objet ou pour but le sujet qui est après. S’abandonner à ses passions. Les hommes n’aiment point à admirer les autres, ils cherchent eux-mêmes à être goûtés & à être applaudis. La Bruyere. Demander à boire, être à Paris. Dans ces deux derniers exemples, l’action que l’on fait de demander, a pour objet celle de boire ; & l’existence de la chose dont on parle, a Paris pour objet, pour terme. Il en est de même de cette autre phrase, Il est à cent lieues.

A avant une autre préposition.

A se trouve quelquefois avant la préposition de, comme en ces exemples.

 
Allez, en lui jurant que votre ame l’adore,
A de nouveaux mépris l’encourager encore.

Racine.

 
A de moindres fureurs je n’ai pas dû m’attendre.

Idem.

On sent que dans le premier exemple, les mépris sont la cause, le but de l’action que l’on va faire, & cette action est celle d’encourager. Il en est de même des fureurs du second exemple ; elles sont l’objet de l’espérance exprimée par le verbe m’attendre. La préposition, à dans ces façons de parler, conserve donc encore sa signification primordiale.

A l’égard de la préposition de, on expliquera en son lieu, quelle en est la signification dans ces sortes de phrases.

A après des adverbes.

On n’emploie la préposition à après un adverbe, que dans le cas où l’adverbe marque quelque relation, & alors la préposition à sert à indiquer le corrélatif : ainsi on dit conséquemment à, relativement à, &c.

Telles sont les principales occasions où la préposition à se rencontre ; & l’on voit qu’elle y conserve sa signification naturelle. Il en est d’autres cependant où, comme toutes les prépositions, elle perd sa véritable signification, pour en prendre une qui lui est étrangère, mais