Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/303

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qu’il est toujours occupé à le chercher ; mais il n’en a pas sitôt mangé, qu’il en meurt ; & les pêcheurs voyant flotter ce poisson mort, tâchent de l’attraper, pour tirer de son ventre l’ambre qu’il a englouti. Le P. de Urreta, Liv. I de son Histoire d’Ethiopie, dit, que les baleines dans un certain temps de l’année mangent d’un fruit qui croît dans le fond de la mer, & qui ressemble à des fèves ; mais dont l’odeur est si forte & les vapeurs si violentes, qu’elles entêtent ces animaux & leur cause une espèce de fureur ; que pour se guérir, leur remède est de boire de l’eau douce ; qu’elles viennent en bande dans le fleuve appelé el Rio Negro ; qu’elles prennent de son eau, qui les fait vomir, & rendre tout ce qu’elles ont dans l’estomac avec tant d’impétuosité, qu’elles en poussent une partie jusque sur le rivage ; que ces ordures qui sortent de l’estomac de la baleine font l’ambre ; que comme on sait le temps où cela arrive, on dispose des gens proche de l’embouchure de ce fleuve, qui, les uns sur le bord du fleuve, les autres dans des barques, ramassent ce que ces animaux rejetent, en levant la tête au-dessus de l’eau ; que ces gens ont grand soin de se boucher le nez, parce que l’odeur est si forte, qu’elle les entêteroit violemment ; qu’ainsi l’ambre n’est autre chose que les ordures que vomit la baleine. Le P. d’Ouagli rapporte aussi ce sentiment dans son Histoire du Chili, où il assure qu’il s’en trouve une grande quantité, parce qu’il y a aussi une quantité prodigieuse de baleines.

l’Ambre gris se trouve en plus grande abondance sur les côtes de la Floride, qu’en aucune des autres contrées de l’Amérique. On en a aussi ramassé quelquefois sur les rades de Tabago, de la Barbade, & des autres Antilles. Lonvillers. Hist. nat. des Antilles, ch. 20. Le meilleur ambre gris se trouve dans l’île Mauricius, & se trouve communément après une tempête. Les pourceaux le sentent à une grande distance, & y courent comme enragés. Isaac Vigny, grand voyageur François, dit, qu’en une certaine côte il en trouva une si grande quantité, qu’on en eût pû charger 1000 vaisseaux. Il en prit une pièce qu’il vendit 1300 livres sterling. Mais on n’a pû retrouver ce lieu-là, quoiqu’on ait croisé sur cette côte six semaines durant. Christoval de Acosta, dans son livre De las drogas, rapporte après Orta, que des vaisseaux avoient trouvé une île entière d’ambre ; qu’ayant remarqué l’endroit, & y étant retournés, ils n’avoient plus rien trouvé, d’où ils avoient conclu qu’elle étoit flottante, dit le P. de Urreta, Liv. I. de l’Histoire d’Ethiop. ch. 29. où il rapporte encore que le même Acosta assure qu’il a vu un morceau d’ambre de la grandeur d’un homme, & un autre long de 90 palmes, & large de 18, & qu’en 1555 on trouva par le travers du cap de Comorin une malle d’ambre, qui pesoit quinze mille livres. L’Ambassade mémorable à l’Empereur du Japon, Part. II. pag. 90. parle d’un morceau d’ambre gris pesant 130 livres, que le Seigneur de Sarsuma vouloit vendre 14000 tails.

Ce qu’on nomme ambre blanc est quelquefois une variété de l’ambre gris, d’autres fois on entend le Blanc de la baleine, ou Sperma ceti. A l’égard de l’ambre noir, tantôt c’est le jayet, Cagates, tantôt une matière noire, grasse & odorante, que nos Droguistes nomment ambre noir, ambre renardé. Est-il naturel ou factice ? C’est ce que nous ne savons pas. Les Parfumeurs emploient le gris & le noir. L’ambre fortifie ; mais on n’oseroit à présent le mettre en usage, à cause que la plûpart des personnes en craignent l’odeur, & qu’elle leur cause des vapeurs. On fond l’ambre sur un petit feu, & on en fait des extraits, des essences & des teintures. On le mêle aussi avec d’autres aromates. Voy. Rumphius Cœsius, & les Trans. Philos. Tom. II pag. 490. On dit d’un homme qui sent bon, qu’il sent le musc & l’ambre. On dit aussi d’un homme fin, il est fin comme l’ambre.

Ambre. Espèce de Saule appelé Salix amerina. Ce mot n’est guère usité que dans le Lyonnois.

La prune d’ambre. Espèce de prune qui a la chair séche. La Quint. Elle est de celles qui ne quittent point le noyau. Id.

Ambre. Voyez Amber.

AMBRÉADE. s. f. On nomme ainsi l’ambre faux ou factice dont on se sert pour la traite sur quelques côtes d’Afrique, particulièrement au Sénégal.

AMBRER. v. a. Parfumer avec de l’ambre gris. Ambaro suffire, imbuere. Des gants ambrés, ou d’ambrette. Hypocras ambré.

AMBRÉ, ÉE. part. Du rossoli ambré.

AMBRESBURY. Bourg du Comté de Wiltz en Angleterre. Ambrosburia, Ambrosii vicus. il est sur la rivière d’Avon, au nord de Salisburi. Le Concile d’Ambresbourg se tint en 977. Il se voit près de ce bourg un monument sur lequel on a beaucoup raisonné. Ce sont de grandes pierres de 7 pieds de large & de 28 de haut, élevées au milieu de la campagne. Comme il n’y a point de carrières aux environs, & qu’il ne paroît pas qu’elles aient pû être transportées de loin, quelques-uns croient que la nature les a produites en ce lieu. D’autres disent qu’elles ont été érigées à la mémoire d’un Prince Saxon, qui fut assassiné en ce lieu-là. D’autres s’imaginent qu’elles ont été faites sur le lieu, de sable & de ciment. Il y a des espèces de portes qu’on appelle Gonds de pierre. Sur deux de ces pierres posées de champ, est enclavée une autre pierre mise horizontalement en manière de plate-forme, ce qui fait une espèce de porte.

AMBRETTE. s. f. Cyanus odoratus, Turcicus, &c. Tourn. Inst R. Herb. Plante annuelle qui nous vient de Constantinople, & qu’on a rangée sous le genre de Bluet, ou Cyanus. Ses feuilles ressemblent assez aux premières feuilles du bluet des champs ou barbeau ; mais elles sont plus larges, plus déchiquetées & moins blanches. Ses tiges ne s’élevent guère que de deux à trois pieds ; elles sont branchues, garnies de feuilles, & terminées chacune par une tête écailleuse, qu’on appelle Fleur, plus grosse que celle du barbeau. Elle renferme une infinité de fleurons de différentes couleurs ; ceux de la circonférence sont plus grands, & d’une couleur différente de ceux du centre, qui sont plus petits. Ses semences sont oblongues, noirâtres, & chargées d’une aigrette ; l’odeur de ses fleurs est très-douce, & tient de l’ambre & de la civette ; c’est à cause de son odeur qu’elle a été appelée ambrette. Il y a plusieurs espèces d’ambrette qui ne different sur-tout que par la couleur de leurs fleurs, qui est le plus souvent purpurine, quelquefois blanche, & jaune dans certaines espèces. L’ambrette s’appelle aussi Fleur du Grand Seigneur.

M. Danty d’Isnard, de l’Académie des Sciences, dans les Mémoires de 1719. pag. 169. décrit une nouvelle espèce d’ambrette qu’il appelle Amberboi Erucæ folio, minus. La racine de cette espèce d’ambrette est simple, un peu tortue, longue de deux ou trois pouces, épaisse à son collet d’environ deux lignes ; de-là diminuant insensiblement, elle se termine en filet, & donne d’espace en espace quelques fibres capillaires. Son écorce est d’un blanc sale ; elle couvre un corps ligneux, qui est plus blanc.

De cette racine part une tige ailée par intervalles, branchue d’espace en espace, laquelle s’éleve de neuf à onze pouces, & qui de son origine où elle a environ deux lignes de grosseur, va insensiblement en diminuant jusqu’à l’extrémité de ses branches & de leurs rameaux ; desorte qu’ils n’ont en cet endroit qu’un tiers ou un quart de ligne d’épaisseur. Cette tige est solide ou pleine, vert pâle, légérement striée dans toute sa longueur, parsemée de poils blanc sale, dont les plus longs n’ont pas une ligne. Etant coupée, son intérieur paroît d’un vert plus clair & plus blanchâtre que son écorce. Les feuilles de cette plante sont d’un vert mat, assez foncé en-dessus, & plus pâle en-dessous. Elles sont presque plates, minces, sans queue, disposées alternativement, & parsemées de poils comme la tige. Les grandes accompagnent le bas, & la partie moyenne de la tige & des principales branches : les petites feuilles garnissent le reste. Les branches & rameaux partent chacun de l’aisselle d’une feuille. Entre ces grandes feuilles, qui ressemblent assez à celles de quelque espèce de Roquette, il s’en rencontre qui ont jusqu’à trois pouces & demi de longueur, sur un pouce ou quinze lignes de largeur, se découpant de chaque côté