Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/347

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Anachorète, ou Solitaire ; ce qui s’appeloit de Claustrensi fieri Anachoretam ; c’est à dire, d’homme de cloître devenir Anachorète. Voici la description que Jérôme Acosta fait de ces Anachorètes de l’Ordre de S. Benoît, dans son Histoire de l’origine & du progrès des revenus ecclésiastiques, pag. 52. Ces Anachorètes, qui s’étoient retirés du monastère avec la permission de leur Abbé, alloient habiter quelques lieux du voisinage, & ils n’étoient pas si solitaires, qu’ils ne fussent visités souvent par le peuple, qui venoit se recommander à leurs prières. On leur faisoit de grandes aumônes, parce qu’ils étoient estimés plus saints que les autres. Ils recevoient toutes sortes de donations, soit en fonds de terre, soit en meubles. Quand ils étoient enrichis dans un lieu, ils alloient en un autre, où le peuple leur faisoit les mêmes charités. Le bien qu’ils acquéroient par ce moyen leur appartenoit ; & avant de mourir ils en disposoient en faveur du monastère d’où ils étoient sortis.

Acosta n’a rien avancé touchant ces Anachorètes, & les biens qu’ils acquéroient pour leurs monastères, qui ne soit appuyé sur les Cartulaires des abbayes : & en effet il produit la formule de la donation, qui est conçue en ces termes dans le célébre Cartulaire de Casevre, qu’on trouve présentement dans la Bibliothèque du Roi : Moi N. Prêtre & Moine d’un tel monastère, qui suis sorti avec la permission de l’Abbé, pour mener une vie plus retirée, je donne à mon Abbé N. pour le repos de mon ame, tous les biens que je possède, & que j’ai acquis avec sa permission. L’acte de la donation contenoit un dénombrement des biens, terres & églises que ces solitaires laissoient à leurs monastères ; & ils donnoient en même temps les actes des donations particulières, qu’on gardoit dans les archives avec les autres écritures.

ANACHOSTE. s. f. Étoffe de laine croisée. Dict. de l’Orthogr. Voyez Anacoste.

ANACHRONISME. s. m. Erreur qu’on fait dans la supputation des temps. Erratum contrà temporum rationem. Anachronismus. Les Poëtes sont sujets à faires des anachronismes, & cela est permis dans un poëme épique. Ce mot vient du grec ἀναχρονισμὸς, qui vient de χρόνος, tempus, temps, & de la préposition ἀνὰ, qui dans la composition signifie sursùm, suprà, retrorsùm. Ainsi anachronisme n’est pas en général une erreur dans la supputation des temps, mais en particulier l’erreur que l’on commet dans la chronologie, en remontant un événement, en le plaçant plutôt qu’il n’est véritablement arrivé, comme a fait Virgile, qui place Didon en Afrique au temps d’Enée, quoiqu’elle n’y soit venue que trois cens ans après la prise de Troie. Parachronisme, au contraire, est la faute que l’on fait en plaçant un événement plus tard qu’il ne doit être placé. ☞ Quoique dans l’usage ordinaire on ne fasse point cette distinction, elle n’en est pas moins réelle.

ANACLASTIQUE. s. f. Partie de l’optique qui considère la vision qui se fait par réfraction : ἀναϰλαστιϰὴ. On l’appelle aussi Dioptrique. Voyez ce mot.

ANACLASTIQUES, ou RÉFRACTOIRE. s. f. pl. Ce sont des courbes apparentes qui résultent d’un fond opaque, vu à travers un milieu réfringent. Mém. de l’Acad des Sc. 1740. p. 2.

ANACLÉTÈRES. s. pl. Anacleteria. Fête solennelle, instituée en l’honneur des Rois & des Princes, lorsqu’ils prenoient le gouvernement de leur Etat, & qu’on le déclaroit à leurs peuples, afin qu’ils les reconnussent pour Rois. Voyez Polybe. Ce mot vient d’ἀνὰ, & de ϰαλέω, voco, j’appelle, parce que durant les Anaclétères on alloit saluer le Prince, & on l’appeloit du nom de sa nouvelle dignité.

ANACOLLÉMATES. s. m. pl. Anacollemata. Remèdes qu’on applique sur le front pour arrêter les fluxions qui tombent sur les yeux. Ce mot est grec, ἀναϰολλήματα, glutinamenta, remèdes collans, propres à arrêter ce qui coule. Ces sortes de topiques appartiennent aux frontaux.

ANACOLUPPA. s. f. Plante dont il est parlé dans l’Hortus Malabaricus. Le suc de cette plante, avec un peu de poivre, passe pour un remède souverain dans l’épilepsie, & pour le seul antidote qu’il y ait contre la morsure du Cobra-Capella.

☞ ANACOLUTHE. s. f. Anacoluthum. Terme de Grammaire. Figure, espèce d’ellipse, par laquelle on sous-entend le corrélatif d’un mot exprimé. Comme quand on met en latin, tantùm sans quantùm : ou en françois quand on dit, il est où vous allez, au lieu de dire, là, dans le lieu où vous allez.

ANACONTI. s. m. Arbre de l’île de Madagascar. Ses feuilles ressembles à celles d’un poirier. Il porte un fruit long, d’où l’on tire un suc propre à faire cailler le lait.

ANACOSTE ou ANACHOSTE. s. f. Espèce d’étoffe de laine croisée, très-rase, fabriquée en manière de serge de Caen, mais moins couverte de poil, & de meilleure laine. Elle se fait à Leyde, en Hollande, à Bruges & à Arscot, dans les Pays-bas Autrichiens ; à Ypres, & aux environs dans la Flandre françoise. Cette étoffe a une aune de large, ainsi que les serges de Caen, & vingt aunes ou environ de long. Il s’en fabrique à Beauvais, en France.

ANACRÉONTIQUE. adj. m. & f. Terme de Poësie grecque & latine : qui est inventé par Anacréon, qui est à la manière, dans le goût d’Anacréon. Anacreonticus. Anacréon, Poëte de Teïos, qui vivoit plus de quatre cens ans avant Jésus-Christ, fut célébre par la délicatesse de son esprit, & par le tour fin, mais aisé & naturel de ses poësies. Il nous reste de lui des odes qu’il ne faut lire qu’avec précaution, à cause des sentimens de galanterie dont elles sont pleines. Elles sont pour la plupart composées en vers de sept syllabes, ou plutôt de trois pieds & demi, spondées & ïambes, ou quelquefois anapestes. C’est cette sorte de mesure qu’on appelle vers anacréontique. Une ode anacréontique est une ode composée de ces vers, ou dans le goût d’Anacréon.

M. de la Motte a donné ce titre à plusieurs odes qu’il a imitées de ce Poëte Grec ; & Mademoiselle de Malcrais de la Vigne, ou plutôt M. Des Forges Maillart, a nommé Poësie anacréontique, un dizain imprimé à la page 175 de ses poësies. Six autres petites pièces sont intitulées de même, page 192, 206, 210. M. de la Motte avertit, que dans ses odes anacréontiques il parle, toujours pour un autre, & qu’il ne fait qu’y jouer le personnage d’un Auteur, dont il envieroit beaucoup plus le tour & les expressions, que les sentimens.

ANACTE. s. m. Terme de Mythologie. Anax, Rex. Ce mot est grec, & signifie, Roi. Les Grecs le donnoient à des Rois qui s’étoient distingués par de belles actions, & qu’ils mettoient pour cela au nombre des Dieux.

☞ Ce nom, dit Moréti, étoit commun à trois anciens Dieux prétendus, qu’on disoit nés à Athènes, de Jupiter, l’un des premiers Rois du pays, & de Proserpine. Cicéron les nomme Tritopatreus, Eubuleus, Dionysius, & dit qu’ils furent aussi connus sous le nom de Dioscures, qui leur fut commun avec d’autres Dieux. Quelques-uns les confondent avec les Curètes, d’autres avec les Cabires. Ils avoient à Athènes un temple nommé Anacée, où l’on célébroit en leur honneur une fête de même nom. On doit s’en tenir à ce que dit Ciceron. On a eu tort de dire que Castor & Pollux étoient les Anactes qui avoient un temple à Athènes.

☞ ANACTES, étoit encore un nom d’honneur donné aux fils & aux freres des Rois de Chypre. Comme les Rois n’étoient occupés que de leurs plaisirs, les Anactes prenoient le soin du gouvernement. C’étoit à eux que les Gergines rendoient compte tous les jours de ce qui se passoit. Ils faisoient ensuite informer de la vérité de ces dénonciations par les Promalanges, & jugeoient sur leur rapport. Leurs femmes s’appeloient Anasses, & se faisoient servir par des femmes nommées Colacydes, instruites à leur épargner toutes sortes de fatigues & de soins.

ANACTÉES. s. f. pl. Fêtes en l’honneur des Anactes.

ANACUJE. s. m. & f. Nom propre de peuple. Anacu-