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pelle metheus, obscur, & le troisième nonius, tiède.

ABATAGE. s. m. Cæsura, cæsuræ sumptus, impensæ, signifie entre les Marchands de bois, la peine & les frais pour abattre les bois qui sont sur pied. C’est à l’acheteur à payer l’abatage.

Faire un abatage de pierres, en maçonnerie, c’est les coucher de leur lit sur les joints, pour en faire les paremens.

Faire un abatage, en charpenterie, c’est lever une pièce de bois par le moyen d’un levier appuyé sur un coin, à peu de distance de cette pièce sous laquelle on pousse le levier. A l’autre extrémité du levier, qui est élevée, on attache une corde à laquelle tirent tous les ouvriers. A mesure qu’ils font baisser cette extrémité du levier, l’autre qui est sous la pièce s’éleve, & avec elle la pièce de bois.

ABATANT. s. m. Terme de Marchand de draps : espèce de dessus de table qu’on éleve au fond d’une boutique & à chaque bout des magasins, & qui s’éleve ou s’abat, selon le jour que l’on veut donner au lieu où l’on vend la marchandise.

ABATARDIR, v. a. Depravare, corrumpere. Corrompre, gâter, altérer la nature de quelque chose, la faire déchoir de son premier état, la faire dégénérer. Il ne se dit qu’au figuré. La misère & l’esclavage ont abâtardi le courage des Grecs. La trop grande avidité des richesses a abâtardi les mœurs.

On le dit de même avec le pronom personnel, & il signifie, Dégénérer, s’avilir, se corrompre. Degenerare, depravari. Toutes les bonnes choses s’abâtardissent avec le temps. Les plantes d’Orient qu’on apporte en Europe s’abâtardissent, & perdent beaucoup de leur bonté. Cette maison s’est abâtardie dans l’oisiveté ; elle ne produit plus de grands hommes. La vertu Romaine s’abâtardit si fort, qu’elle ne put résister à la force des Barbares.

Abatardi, ie. part. pass. & adj. Corruptus, vitiatus.

ABATARDISSEMENT. s. m. Altération d’une chose, diminution de valeur, de mérite, de bonnes qualités. Corruptio, depravatio. Les délices d’un pays causent l’abâtardissement du courage des peuples. Ils sont tombés dans un honteux abâtardissement. Nic. L’abâtardissement d’un plan.

ABAT-CHAUVÉE. s. f. On nomme ainsi en Poitou, dans l’Angoumois, dans la Saintonge, dans la Marche & dans le Limosin, une sorte de laine de moindre qualité, à-peu-près semblable à ce qu’on appelle des Paignons & des Plares. Lana vilis, parvi pretii.

ABATÉE. Voyez Abattée.

ABATEIS. Vieux mot qui signifioit autrefois Forêt, Sylva. Il est hors d’usage.

ABATELLEMENT. s. m. Terme usité parmi les François dans les Echelles du Levant. Il signifie une sentence de Consul, portant interdiction de tout Commerce contre les Marchands & Négocians de la nation, qui désavouent leurs marchés, ou qui refusent de payer leurs dettes. Consulare judicium inter mercatores. Dict. de Commerce.

ABAT-JOUR. s. m. Terme d’Architecture, Spiraculum, espèce de fenêtre en forme de grand soupirail, dont l’embrasement de l’appui est en talus, pour recevoir le jour d’en-haut. Il sert à éclairer les offices & les étages souterrains. Les Marchands ont d’ordinaire un abat-jour dans leurs magasins : la lumière sombre qui entre par-là, fait mieux sortir le lustre de leurs étoffes.

On appelle aussi abat-jour, la fermeture en glacis d’un vitrail d’Eglise ou de dôme, qui se fait pour en raccorder ou réunir la décoration intérieure & extérieure.

Ce mot est composé du verbe abattre, & du nom jour, & signifie une chose qui abat, c’est-à-dire, qui diminue, qui affoiblit le jour ou la lumière, ou qui le fait descendre du haut en bas. On fait aussi des abat-jours en appliquant aux fenêtres ordinaires des planches de bois, qui joignant la fenêtre & la fermant par en-bas, & s’en éloignant par en-haut, font que le jour n’entre que de ce côté-là.

Abat-jour. Terme de Botanique. Spiraculum. Les Botanistes se servent de ce terme d’Architecture, pour exprimer certaines ouvertures qui sont placées sous le chapiteau du fruit de quelques espèces de pavots. Tournef. Elem. Bot.

☞ ABATIS. s. m. Voyez plus bas Abattis.

ABATON. s. m. Nom d’un édifice à Rhodes, dans lequel il étoit défendu d’entrer. Après qu’Artémise eut surpris cette ville, elle y fit élever un trophée avec deux statues de bronze, dont l’une représentoit cette Reine, & l’autre la ville de Rhodes. Les Rhodiens voyoient avec indignation ce trophée honteux à leur nation : mais comme leur Religion les empêchoit de toucher à ces trophées, qui étoient pour eux des choses sacrées, ils s’aviserent, pour en ôter du moins la vue, de bâtir autour ce haut édifice, qu’ils appellerent Abaton, & dont l’entrée étoit défendue à toutes sortes de personnes, suivant l’étymologie, ἆϐατος, qui signifie où l’on ne va point.

ABATOS. Abatos. Île de l’Égypte, dans le Palus de Memphis. On y conservoit le sépulchre d’Osiris ; & Lucain dit, L. X. qu’elle étoit vénérable par son antiquité ; le lin & le papyrus y croissent. Ce nom signifie inaccessible, & vient de l’α privatif, & de βαίνω, je vais.

Il y a eu encore au-delà de l’Egypte & de l’Éthiopie un lieu ou plutôt un rocher de ce nom, dont Sénéque parle, Nat. Quest. L. 4. c. 6.

☞ ABATTEMENT. s. m. ne se dit point au propre. On ne dit point l’abattement d’un arbre, d’une maison. L’usage fait tout : c’est une bizarrerie dont il y a beaucoup d’exemples dans notre langue.

Ce mot employé au figuré, signifie diminution de forces ou de courage ; affaissement du corps ou de l’esprit, Defectio virium, animi infractio. Ce malade est dans un grand abattement. Cet homme est dans un grand abattement d’esprit depuis le renversement de sa fortune.

Les Auteurs du nouveau Vocabulaire nous présentent ce mot comme pris dans le sens propre, lorsqu’il désigne l’état de foiblesse, dans lequel se trouvent les personnes affectées par la maladie : & au figuré, disent-ils, il signifie l’affaissement de courage & d’esprit que peut faire éprouver un revers imprévu. C’est un défaut d’attention. Ils avoient dit, en parlant du verbe : abattre pris au figuré signifie la diminution des forces, du courage ; comme quand on dit la maladie lui a abattu les forces, le courage. Il faut être conséquent.

En termes de Blason on appelle en Angleterre abattement, ou abattement d’honneur, une marque accidentelle ajoutée à l’Ecu, pour faire connoître une diminution de dignité, ou une marque d’honneur supprimée dans l’Ecu, en punition de quelque faute ou de quelque action diffammante. Cela se fait, ou en ajoutant quelque marque de diminution, ou en renversant tout l’Ecu. Harris.

☞ ABATTÉE. Terme de marine, mouvement du navire qui est en panne, & qui, en cet état, obéit au vent. On dit : le vaisseau fait son abattée.

ABATTEUR. s. m. Qui abat. On dit d’un homme fort adroit au jeu de quilles, C’est un grand abatteur de bois. Il se dit au figuré en parlant d’un homme qui a fait de grandes choses en quelque genre que ce soit : mais plus ordinairement & par ironie, on le dit d’un homme qui se vante d’avoir fait ce qu’il n’a pas fait. Acad. Fr. 1740. On ne le dit que dans le discours familier.

☞ ABATTIS. s. m. (Abatis seroit mieux) Ce mot désigne une certaine quantité de choses abattues, comme bois, pierres, maisons, &c. eversio, demolitio. Le vent a fait un grand abattis de bois, dejectus arborum. Il y a eu un grand abattis de maisons causé par le tremblement de terre. On le dit de même des décombres des bâtimens. Toutes les rues sont bouchées par les abattis de maisons.

Abattis. C’est aussi un terme de Carriers, qui signifie les pierres qu’ils détachent après avoir souchevé. Lapides loco moti.

Abattis, signifie, en termes de Vénerie, le chemin que se font les jeunes loups, lorsqu’en allant souvent au lieu où ils ont été nourris, ils abattent l’herbe. Luporum trames, vestigia.