Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/368

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âne, & qu’il est dessus. On dit d’un faux brave qui menace, que c’est l’âne couvert de la peau du lion. On dit d’un homme qui n’a point d’équipage, qu’il n’a ni cheval, ni âne, ou ni âne ni mulet. On dit, brider l’âne par la queue, pour dire faire une chose à rebours & de travers. Votre âne n’est qu’une bête, pour dire, vous ne savez ce que vous dites, ou ce que vous faites. On dit de ceux qui se fourrent dans quelque chose où l’on ne les appelle pas, qu’ils se mêlent toujours des fers à l’âne. On dit d’un homme qui affecte d’être grave, qu’il est sérieux comme un âne qu’on étrille. On dit, pour un point Martin perdit son âne, à qui il manque fort peu de chose pour gagner une partie à quelque jeu, ou pour réussir en quelque affaire. Voyez l’origine de ce proverbe au mot Martin. On appelle un homme qui chante mal, un rossignol d’Arcadie ; c’est-à-dire, un ignorant : & un gros âne d’Arcadie, à cause qu’en ce pays-là on fit ouvrir un âne qu’on accusoit d’avoir mangé la lune, parce que son image disparut dans l’eau où il buvoit au temps d’une Eclipse. On dit aussi d’un grand mangeur, qu’il s’escrime bien des armes de Caïn, ou de Samson, c’est-à-dire, d’une mâchoire d’âne. On appelle aussi le talk, le miroir des ânes. Voyez ci-dessus l’âne de Buridan. Pour montrer qu’on néglige ordinairement le bien commun, pour ne songer qu’à ses intérêts particuliers, on dit :

L’âne de la communauté,
Est toujours le plus mal bâté.

Dans l’Orient on se sert des ânes, pour faire voyage, aussi-bien que des chevaux & des chameaux, parce que c’est une voiture fort douce & fort commode. Il y a en Perse & ailleurs des ânes sauvages, qu’on apprivoise, & dont on se sert comme des autres. Le Roi de Perse en a dans ses écuries, & un jour un Espagnol les voyant richement enharnachés & rangés dans la cour du palais, comme il se pratiquoit dans le pays les jours qu’un Ambassadeur doit avoir audience, il perdit sa gravité & se mit à rire. Un Officier de la cour lui en demanda la raison : l’Espagnol répondit, qu’il rioit de voir traiter avec tant de distinction des animaux qu’on traite avec le dernier mépris en Espagne. Le Persan répliqua ; « C’est que les ânes sont fort communs en votre pays, & nous les traitons avec distinction, parce qu’ils sont rares dans le nôtre. »

ANÉANTIR. v. a. Réduire au néant, détruire absolument l’existence d’une chose. Ad nihilum redigere, Delere penitùs, Funditùs extinguere. Les corps naturels changent de forme ; mais ils ne s’anéantissent pas. De grandes villes ont été anéanties par les guerres, par les embrasemens. Le temps anéantit toutes choses. La grandeur romaine s’est anéantie, il n’en reste plus que l’ombre. Ce mot vient de son primitif néant. Il est opposé à créer, du néant faire quelque chose.

Anéantir, se dit figurément par exagération en parlant de diverses choses. Ce prince a anéanti toutes les lois. Il a anéanti plusieurs grandes maisons pour en élever d’autres. Ils anéantissent la morale chrétienne. Pasc. L’opinion de la destinée irrévocable va à anéantir tout le culte de la Réligion, & à éteindre l’amour des vertus. Port-R. Il y a des gens qui brillent dans l’action & dans le mouvement, & que le repos obscurcit & anéantit. Bouh.

Un torrent de feu l’embrase.
L’horrible poids qui l’écrase
Ne le peut anéantir. Anonyme, Ode sur l’Enfer.

Anéantir, est aussi réciproque, & signifie se dissiper, se réduire à rien. Cet homme avoit amassé de grands biens, & mis de grandes charges dans sa maison ; mais tout cela s’est anéanti avec le temps.

☞ Au figuré, les passions s’anéantissent, c’est-à-dire, se dissipent, s’éteignent.

s’Anéantir, en termes de dévotion, signifie aussi, s’humilier extrêmement pas la connoissance qu’on a de son néant. Ex intimo sui contemptu propè ad nihilum descendere, Abjicere se, se demittere. Saint Paul dit que le Seigneur s’est anéanti lui même en se faisant homme, & en prenant la forme d’un esclave. On n’affecte des distinctions dans les églises mêmes où doit s’anéantir toute la gloire humaine. Flech. Les Saints s’anéantissent continuellement en la presence de Dieu. Nicol.

ANÉANTI, IE. part.

ANÉANTISSEMENT. s. m. L’action de réduire une chose à rien, de détruire absolument son existence. Extinctio. Il n’y a point d’entier anéantissement dans la nature : Dieu seul peut faire cette sorte d’anéantissement. Epicure, qui étoit si persuadé de l’anéantissement, ne laisse pas d’être inquiet de ce qui se passera après lui. Bayl.

Il se dit aussi figurément de l’abaissement d’une fortune élevée, du renversement, de la destruction d’un empire, d’une monarchie, d’une famille : Cette famille est tombée dans l’anéantissement. La chûte & l’anéantissement des trois premières monarchies.

Anéantissement; se dit figurément en Morale de l’abaissement dans lequel on se met devant Dieu. Summus suî contemptus. L’anéantissement de soi-même devant la Majesté divine. Être dans un continuel anéantissement devant Dieu.

☞ ANECDOTE. s. f. Ce mot désigne quelque particularité historique & secrète que les Historiens précédens avoient omise ou supprimée par des raisons particulières. Anecdote curieuse. La plûpart des anecdotes sont satyriques.

Anecdotes, au pluriel, désigne le détail de ces sortes de particularités, omises ou supprimées, & qui peut-être ne devroient point paroître au jour, parce qu’on y parle ou avec trop de liberté, ou avec trop de sincérité, des mœurs, & de la conduite des personnes du premier rang. Anecdota, Rerum à principibus viris clàm ac secreto gestarum historia. Procope, l’Historien, a ainsi intitulé un libre qu’il a fait contre Justinien & sa femme Théodora. C’est le seul des Anciens qui nous ait laissé des Anecdotes, & qui ait montré les Princes tels qu’ils étoient dans leur domestique. Varillas a fait les Anecdotes, ou l’histoire secrète de la maison de Médicis.

Anecdotes, se dit aussi des ouvrages des Anciens qui n’ont pas encore été imprimés : ainsi M. Muratori a intitulé Anecdotes grecque, Anecdota græca, les ouvrages des Peres Grecs, qu’il a tirés des bibliothèques pour les imprimer la première fois. Le P. Martene a donné le Thesauraus Anecdotorum novus, in-fil, 5 vol.

Anecdote, est aussi employé adjectivement . L’histoire anecdote, ou les anecdotes de Procope. L’histoire anecdote de la Cour de Louis le Grand.

Ce mot vient du grec ἀνέϰδοτα, qui signifie, choses qui n’ont pas paru, qui ont été tenues secrètes, qui n’ont pas été données au public.

ÂNÉE. s. f. La charge d’un âne, ce qu’il porte à chaque voyage. Asini onus. Une ânée de vin, une ânée de fruits. Ce mot n’est en usage qu’à la campagne, & dans les provinces.

☞ C’est aussi une mesure de grains & de vin dans quelques endroits, comme dans le Lyonnois, où l’ânée de vin contient 80 pintes, & l’ânée de grain, six bichets du poids de 50 livres chacun.

Ânée. Terme dont on se sert en quelques provinces, pour signifier un arpent de terre, c’est-à-dire, la valeur de cent mesures carrées de celles qui sont en usage dans le pays.

Ce mot s’est formé d’âne, ou d’asinata, que l’on trouve dans la signification d’ânée, comme le P. Papebroch l’a remarqué. Act. Sanct. April. Tom. II. pag. 260. B.

ANEGADA. Île d’Amérique. Anegada. C’est une des Antilles. Elle est dans la mer du Nord, environ à quinze lieuses de celle de Porto-Rico.

ANEGRAS s. m. Mesure de grains dont on se sert à Séville & à Cadix, en Espagne . Quatre anegras font un cahis. Voyez Anagros.

ANEL. Vieux s. m. Anneau.

ANEM. s. m. Ancienne ville de la Terre-Sainte. Anem.