Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/370

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fois ; en Avril souvent, & de même jusqu’à ce qu’elles soient en pleine fleur. Alors il faut les mettre à l’ombre, & les garantir de la pluie, afin qu’elles durent plus long-temps. Les anémones se doivent lever de terre tous les ans aussitôt que le fanage est sec, prenant soin de les nettoyer de la pourriture qui s’y trouve, la coupant jusqu’au vif de leurs bulbes. Les bulbes d’anémone se gardent deux ou trois ans en lieu sec sans les replanter. Il y a des Jardiniers qui parmi la terre mettent pour les anémones de la glaize, ou forte terre qui a passé un hiver à l’air. Elles y profitent merveilleusement.

Les Persans appellent les anémones, Laleh Deschet & Laleh Gouhi, Tulipe de campagne, & de montagne ; c’est-à-dire, sauvage & non cultivée. Les Arabes les nomment Schacaik al Noôman, c’est-à-dire, Fleurs découpées, ou panachées de Noôman ; à cause que ce fut Noôman, Roi d’Arabie, qui les transporta le premier de la campagne dans ses jardins, & qui en a fait le premier de la culture. Ce n’est peut-être cependant qu’une allusion du nom de ce Roi avec celui d’anémone. D’Herb. Cette allusion a pu suffire aux Arabes, pour dire, sans autres preuves, que ce Prince fut le premier qui cultiva ces fleurs. Voyez sur les anémones le Traité de la culture des fleurs, P. II. après la Quintinie, Tom. II.

Anémone, chez les Botanistes, est un genre de plante, qui comprend non-seulement les anémones des Fleuristes, mais encore plusieurs autres qu’ils ne cultivent pas. On distingue la renoncule d’avec l’anémone par la semence, qui dans celle-ci est enveloppée d’une coiffe cotonneuse, ce qui ne s’observe pas dans l’autre.

☞ ANÉMONOÏDE. s. f. ANEMONOÏDES. Quelque uns désignent par ce nom plusieurs plantes qui ont de la ressemblance avec l’anémone.

ANEMONOSPERMOS. s. m. Plante qui a un calice hémisphérique, écailleux. Sa fleur est radiée, sa graine est garnie de beaucoup de duvet, cotonneuse comme celle de l’anémone. Miller en compte quatre espèces, & Boerhaave six. Elles ont été apportées originairement du Cap de Bonne Espérance, en Hollande, par des Curieux, & ont été de-là répandues dans les différens pays de l’Europe, où on les connoît à présent. Ce mot vient d’ἄνεμος, vent, & σπέρμα, semence, parce que le vent en emporte la graine fort aisément.

ANÉMOSCOPE. s. m. C’est un nom que M. Gurike, Bourguemestre de Magdebourg, & grand Mathématicien, a donné à une machine de son invention, qui fait connoître le changement de l’air & du vent, ou le beau & le mauvais temps, deux ou trois jours avant qu’il arrive. C’est un petit homme de bois qui s’éleve ou s’abaisse dans une colonne de verre où il est enfermé. Le sieur Comiers a fait voir que ce n’étoit autre chose que l’application du baromètre ; & que ce mouvement ne se faisoit que par la pesanteur ou légéreté de l’air, dans un Traité qu’il en a donné au public, qui a été inséré dans le Mercure Galant du mois de Mars 1683. Ce mot vient d’ἄνεμος, vent, & σϰέπτομαι, je regarde.

ANÉPIGRAPHE. adj. m. & f. Qui est sans titre, sans inscription. Anepigraphus, a, um. Il y a des Pseaumes anépigraphes, c’est-à-dire, sans titre. Voilà un bas relief antique qui est d’une grande beauté ; c’est dommage qu’il soit anépigraphe, & qu’on n’ait point expliqué par une inscription ce qu’il représente. Cette médaille est anépigraphe.

Ce mot est grec, composé de l’α privatif, & de ἐπιγράφω, j’inscris. Il faut peu se servir de ces sortes de mots dans notre langue, quand on peut, sans une trop longue périphrase, exprimer ce qu’ils signifient. Dans les exemples rapporté ci-dessus j’aimerois beaucoup mieux dire : ce Pseaume est sans titre ; c’est dommage que ce bas relief soit sans inscription. Cette médaille n’a point d’inscription.

ANER. Ville de la demi-tribu de Manassé, à l’occident du Jourdain. Aner. Avant l’entrée des Israëlites dans la Terre promise, c’étoit une ville royale des Chananéens. Elle fut donnée aux Lévites. C’est la même que Tanach ou Ténach, & Tanac.

ANÉRÈTE. Terme d’Astrologie. L’anérète est la planète qui donne la mort, lorsqu’elle vient par direction à l’aphète.

☞ ÂNERIE. s. f. Il ne se dit jamais qu’au figuré. Il signifie ignorance provenant de la disposition d’esprit. C’est un défaut qui vient de la nature du sujet qui n’est pas susceptible d’instruction. Stupor, asinina stoliditas. Syn. Fr. L’ignorance est un défaut que la paresse entretient ; celle-ci est moins pardonnable. Mais celle-la rend plus méprisable. Voyez Âne, Ignorant.

Du vieux Zénon l’antique confrérie
Disoit tout vice être issu d’ânerie. Rousseau.

☞ Il signifie aussi faute grossière, faute contre l’art qu’on professe. Il a écrit telle chose, c’est une grosse ânerie. Hé bien, coquin, voilà de tes âneries. Mol. Qui fagoteroit suffisamment un amas des âneries de l’humaine Sapience, il diroit des merveilles. Mont.

ÂNESSE. La femelle d’un âne. Asina. Dieu fit un miracle, en faisant parler l’ânesse de Balaam, qui empêcha le Prophète de maudire le peuple de Dieu.

Lait d’ânesse, lac asinium. On l’ordonne pour certaines maladies, & pour rafraîchir. Le lait d’ânesse est le meilleur après celui des femmes. J’ai appris de M. Patin que plusieurs personnes de sa connoissance, qui reglément tous les ans avoient pris du lait d’ânesse pendant six semaines ou deux mois, avoient vécu plus de quatre-vingt ans. ☞ Comme il est moins chargé de parties butireuses & caséeuses que les autres laits, il est aussi plus léger & plus facile à digérer. Il est rafraîchissant & propre à adoucir l’âcreté des humeurs. Les gens mols & délicats se frottoient le visage & la peau de pain trempé dans du lait d’ânesse, ou pour la rendre plus blanche, ou pour empêcher que la barbe ne leur vînt sitôt. Voyez Suétone dans Othon, ch. 12. Martial, Liv. X. ép. 68. Ils se faisoient même un masque de ce pain, comme il paroît par Juvénal. Sat. VI. v. 461. & suiv. Poppée, femme de Néron, fut la première, ou une des premières qui usa de cette délicatesse, persuadée que le lait d’ânesse contribuoit à la blancheur, & qu’il ôtoit les rides en tendant la peau. C’est pour cela qu’elle avoit toujours à sa suite cinq cens ânesses ; & c’est aussi pour cela que Juvénal, Sat. VI. v. 462, appelle ces emplâtres de pain trempé dans du lait d’ânesse, Pinguia Popæna. Voyez sur ceci Plin. Hist nat. Liv. XI. c. 41. L. XXVIII. c. 12. Suétone dans Othon, c. 12, Martial. L. X. ép. 68. Juvénal, Sat. VI. v. 460. & suiv. l’ancien Interprète de Juvénal sur cet endroit, v. 468, & Saumaise sur Spartien, c. 4, de la vie d’Adrien.

Ânesse, se dit au figuré, pour signifier, ignorante, sotte, stupide, Asina, stupida, stolida. Ote-toi d’ici, grosse ânesse. Expression basse, bonne pour les halles.

ANET. s. m. Anethum. s. n. Plante annuelle & ombellifére. Sa racine est menue, & donne une tige haute de deux à trois pieds, quelquefois branchue, garnie de feuilles semblables à celles du fenouil, mais plus courte & encore plus menues. Ses ombelles sont composées de fleurs jaunes, & ses semences sont ovales, aplaties, cannelées sur leur dos, & garnies d’une bordure fort mince. Toute la plante a une odeur de drogue très-forte. On en faisoit autrefois des chapeaux dans les festins. Jésus-Christ reprochoit aux Pharisiens, qu’ils payoient les dîmes de la menthe & de l’anet, en marquant leur hypocrisie. Ce mot vient du grec ἄνα, sursùm, θέιν, crescere, parce qu’il croît fort vîte.

Anet, se prend quelquefois pour la semence de la plante d’anet. On s’en sert dans les décoctions carminatives, & son huile est employée pour la colique.

ANET. Bourg de l’île de France, aux confins de la Normandie. Anetum. Il y a dans ce bourg un magnifique château, qui a été bâti par Henri II. pour Diane de Poitiers, Duchesse de Valentinois. Il appartient aujourd’hui à la Maison du Maine.

ANETE. Ce mot, qui est formé du latin anas, se disoit autrefois pour canard, & anetel, petit canard. On lit dans l’Art de Rhétorique ancien :