Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/391

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mains. Pline XXX. 8. Diodore, Liv. XLVIII. Le peuple portoit l’anneau d’argent, & les esclaves le portoient de fer. On accordoit cependant l’anneau d’or à des gens du peuple. Voyez Cicéron dans son troisième discours contre Verrès, & Liv. X. Ep. 31. Macrobe Saturn. Liv. II, chap. 10. Sevère le permit même à tous les simples soldats. Avant Auguste on ne l’accorda jamais qu’à des gens libres : ce Prince fut le premier qui donna l’anneau d’or à des affranchis, Dion, Liv. 48 & 53. Cet abus alla si loin, que Tibère fut obligé, au rapport de Pline, Liv. XXXIII. chap. 2 de le corriger par une Loi qu’il fit l’an de Rome 765, la neuvième année de son gouvernement. On passa bien-tôt après par-dessus ce règlement, & le Sénat accorda l’usage de l’anneau d’or à des affranchis de Claude, de Galba, de Vitellius, de Domitien, & même de particuliers, Pline, Liv. VIII. Ep. 6. Tacite, Hist. Liv. I. chapitre 13. Suet. dans Galba, chapitre 14. Enfin, la Novelle 68 de Justinien le permet à tous les affranchis.

Une autre sorte d’anneaux sont les anneaux des épousailles, Annuli sponsalitii, ou les anneaux de noces, ou de mariage, annuli geniales, annuli pronubi, annuli nuptiales. Quelques-uns font remonter l’origine de cet usage jusqu’aux Hébreux ; parce que, Exod. XXXV, 22, il est dit que les hommes & les femmes donnerent leurs colliers, leurs pendans d’oreille, leurs anneaux, leurs bracelets, pour faire les vases du sanctuaire. D’autres soutiennent que ces anneaux n’étoient que pour l’ornement. La vérité est, que ni l’un ni l’autre n’est expliqué ; & qu’on ne peut conclure de cet endroit si ces anneaux avoient été donnés à la cérémonie du mariage ou non, & s’ils avoient d’autres usages que celui de servir à l’ornement. Il faut dire le même à plus forte raison du verset 21, du ch. III d’Isaïe, où le Prophète ne parle que d’ornemens. Léon de Modène, P. IV, chap. 3, dit que les premiers Hébreux ne donnoient point d’anneau nuptial ; que dans la suite cet usage s’introduisit ; mais qu’il fut rare. Selden, dans son traité de la femme Hébraïque, Liv. II, ch. 24, dit, qu’ils en donnoient un dans les épousailles, mais qu’il tient lieu d’une pièce de monnoie que l’on donnoit auparavant, & qu’il doit être du même poids. Les Grecs & les Romains ont pratiqué la même chose. Les Chrétiens la pratiquent aussi ; & cet usage est très-ancien, comme il paroît par Tertullien, dans son Traité de l’habillement des femmes ; par Grégoire de Tours, dans les vies des Peres ; par Isidore, De Officiis, Liv. II, ch. 19 ; & comme Laurentius Pignorius le prouve dans sa première & dix-neuvième lettre ; par les anciennes Liturgies, dans lesquelles on trouve la bénédiction de l’anneau nuptial ; aussi-bien que dans l’Ordre Romain, & dans les plus anciens Rituels. En Moscovie ce n’est point aux épousailles, c’est à la cérémonie des noces qu’il se donne. Chez les Grecs le Prêtre bénit deux anneaux ; l’un d’or qu’il donne au mari, & l’autre d’argent, qu’il donne à la femme. Voyez l’Eucologe, Allatius, le P. Massene.

La troisième sorte d’anneaux sont ceux qui servoient à cacheter, Annuli signatorii, Annuli sigillaricii, Cirographi ou Cerographi ; car c’est ainsi qu’il faut lire dans Catulle, Epigram 25, & non pas Chirographosque Thynos : c’est à Saumaise qu’on doit cette correction. Catulle donne à ces anneaux l’épithète Thyni ; & des vers rapportés par Isidore, disent que la lime Thynienne les polissoit, parce que c’étoit sur-tout en Bithynie qu’on les faisoit, ou qu’on les travailloit le mieux. On prétend que ces anneaux, & l’usage de cacheter, est une invention des Lacédémoniens, qui non contens de fermer leurs coffres & leurs armoires avec des clefs, y ajouterent encore un cachet ; qu’à cet effet ils se servirent d’abord de bois rongé de vers : dont ils imprimoient les marques sur la cire, ou sur une terre molle ; qu’après cela ils trouverent l’art de graver sur les anneaux, des figures qui s’imprimassent de la même sorte. Il est cependant certain que dès le temps de Moyse on gravoit non-seulement sur l’or & sur les métaux, mais même sur les pierres précieuses. Voyez Gravure. Mais il ne paroît pas, comme je l’ai déjà remarqué, que l’anneau chez les premiers Hébreux, eût d’autre usage que les bracelets & les pendants d’oreilles ; c’est-à-dire, qu’il servît à autre chose qu’à orner. Dans la suite l’anneau servoit à cacheter, ou sceller tous les actes, les contrats, les diplômes, les lettres. On en voit des exemples dans l’Ecriture 3, Liv. des Rois XXI, 8. Esther VIII, 10 ; dans Xénophon Hellen, Liv. I ; dans Quinte-Curce, Liv. VI, chap. 6 ; dans Justin, Liv. XLIII, chap. 3, où l’on apprend encore que ce fut une charge auprès des Empereurs, que d’avoir la garde de l’anneau : le Référendaire faisoit autrefois la même fonction auprès de nos Rois, de même qu’aujourd’hui les Sceaux sont entre les mains du Chancelier, ou du Garde des Sceaux. Comme Pharaon avoit donné le sien à Joseph, ainsi Alexandre donna le sien en mourant à Perdiccas, pour le désigner son successeur, si nous en croyons Lucien dans ses Dialogues. On s’en servoit encore pour sceller l’entrée de tout ce que l’on vouloit tenir exactement fermé. Ainsi dans Daniel, Darius scelle de son anneau & de celui de ses Ministres, la fosse aux lions, chap. VI, 17, & le temple de Bel, chap. XIV, 10, 13. On scelloit de même l’entrée des maisons, Aristote, De miracul. aud. l’appartement des femmes, Aristophane dans la fête de Cerès ; la pierre du sépulchre, dans S. Matt. XXVII, 66, tous les meubles, les coffres & les cassettes, les bouteilles de vin, les bourses, comme on le voit dans Pline, Liv. XXXIII, ch. 1. Plaute Casin. ect. II, Sc. 2. Martial, Liv. XI, Epigr. 89. Tacit. Annal. Liv. II, ch. 2, &c. Voyez Janus Rutgersius Var. Lect. Liv. V, ch. 5. Solon fit une loi, par laquelle, pour la sûreté publique, il défendit à tous faiseurs ou marchands d’anneaux, de garder un modèle d’un anneau qu’ils auroient vendu.

Aujourd’hui on grave sur son cachet les armes de sa maison. Chez les Anciens les figures des anneaux n’étoient point héréditaires, & chacun prenoit celle qu’il lui plaisoit. Numa, avoit défendu par une loi, que l’on y gravât les figures des Dieux. Pythagore défendoit la même chose à ses disciples, Clem. Alex. Strom. Liv. V. L’usage abrogea la loi de Numa, & les Romains gravèrent sur leurs anneaux, non-seulement leurs Dieux, mais encore les Dieux étrangers, & sur-tout ceux des Egyptiens, ainsi que Pline le rapporte, Liv. II, ch. 7, Liv. XXXIII, ch. 3. Ils y graverent des hommes, des animaux, des choses inanimées, leurs ayeux, leurs fondateurs, leurs Capitaines, les Princes, & leurs favoris, &c. Les Antiquaires seront bien-aises de trouver ici les figures des anneaux, dont l’histoire nous a conservé la mémoire ; cela peut servir à connoître ceux que l’on voit dans les cabinets. Jules César avoit une Vénus sur son cachet, Dion, Liv. 43 ; le Philosophe Asclépiade une Uranie ; la famille des Macriens, un Alexandre. Ils y gravoient aussi leurs ancêtres, ou leurs amis. P. Lentulus Sura avoit son aïeul, Ciceron. Catilin. 3. Ovide, Trist. Liv. I, eleg. 6. Scipion le jeune, un Scipion l’Africain ; Scipion l’Africain, un Siphax ; Sylla, un Jugurtha ; les amis d’Epicure, la tête de ce Philosophe. Cic. de fin. Liv. V. L’Empereur Commode, une Amasone, représentant Martia, Jul. Capit. dans la vie d’Albin, c. 2. Aristomène, un Agathocle, Roi de Sicile, Polyb. Liv. XV. Callicrates, un Ulysse, Athen. Liv. VI ; Auguste, un Alexandre ; plusieurs des successeurs d’Auguste, un Auguste, Sueton. dans August. c. 50, Dion. Liv. 51 ; Narcisse, une Pallas ; plusieurs Romains, un Séjan ; les Grecs, un Hellen ; les Troyens, un Pergame ; ceux d’Héraclée, un Hercule ; ceux d’Athènes, un Solon ; ceux d’Alexandrie, un Alexandre ; ceux de Séleucie, un Séleucus ; ceux de Lacédémone, un Lycurgue ; les Chersonires, un Constantin ; les Antiochiens, un Melèce, leur Evêque, S. Chrysost. de laud. Melet. Quelques-uns se faisoient graver, eux-mêmes sur leur anneau, Plaut. Pseudol. Act. I, Scen. I. L’anneau d’or de Childeric, trouvé dans son tombeau, & qui se voit à la Bibliothèque du Roi, porte le portrait & le nom de ce Prince. Auguste avoit un Sphinx, Plin. Liv, XXXIII, 1 ; Mécène, une grenouille, Ib. Pompée,