Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/426

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APARISSABLEMENT. adv. C’est un vieux mot, qui vouloit dire Manifestement. Borel.

APARITOIRE. s. f. Parietaria. Herbe qu’on appelle plus communément Pariétaire.

APARLIER. Autrefois on disoit aparlier, pour apareiller. Borel.

A-PARTE. s. m. Seorsim. Terme emprunté du latin, affecté à la Poësie Dramatique. Il se dit de ce qu’un Acteur dit à part, & comme avec soi-même, pour l’instruction de ses auditeurs, en découvrant quelques circonstances essentielles, lorsqu’il feint de n’être point entendu des autres Acteurs. Il y a des critiques sévères qui condamnent tous les a-parte. En effet ils pêchent contre l’exacte vraisemblance. Néanmoins ils sont excusables, pourvu qu’ils soient courts, par la nécessité qu’on a d’en user, pour instruire le spectateur de certaines choses qu’il ne peut autrement connoître. Il ne prend point d’s au pluriel.

APARTEMENT. Voyez Appartement.

APAS. s. m. C’est ainsi que Wicquefort appelle le pain des Perses, dans sa Traduction de l’Ambassade de D. Garcias de Silva Figueroa. Panis Persarum, ou Persicus. Il y avoit à l’entrée de la même cour quelques autres alceves destinées pour quelques regrattiers, qui vendoient leur apas, c’est à-dire, leur pain ordinaire. Wicquefort.

APATHIE. s. f. Terme de Philosophie. Impassibilité, imperturbabilité, insensibilité morale, constance, fermeté d’ame, qui empêche qu’on ne sente les mouvemens & le tumulte des passions, état de l’ame qui n’est troublée par aucune passion. Apathia, affectuum vacatio, vacuitas. Les Stoïciens se piquoient d’une entière apathie, jusqu’à n’être point sensibles à la douleur. Ils vouloient que l’ame de leur Sage fût dans une assiette calme & paisible, & toujours au-dessus des disgraces humaines. Qui ne sait que l’apathie des Stoïciens étoit l’abolition & le retranchement de toute passion ? L’impeccance des Pélagiens est, selon Saint Jérôme, l’apathie des Stoïciens. Dans les premiers siècles de l’Eglise les Chrétiens se servirent aussi de ce mot apathie, pour exprimer le mépris des choses humaines, & la mortification parfaite des passions que l’Evangile enseigne. C’est pour cela que ce mot est très-commun chez les Spirituels d’entre les Grecs ; & S. Clément d’Alexandrie le mit fort en vogue, afin d’attirer les Philosophes qui aspiroient à cette sublime vertu. Cassien appelle l’apathie des parfaits contemplatifs, leur immobile & continuelle tranquillité. Le Quiétisme est une espèce d’apathie masquée des apparences de la dévotion.

APATHIQUE. adj. Qui est insensible sur tout, qui n’aime rien, que rien ne peut toucher ni émouvoir. Humanorum affectuum expers.

Ce mot, & celui qui le précède, viennent du grec, c’est-à-dire, de ἀπάθεια, formé de l’α privatif, & de πάσχω, je souffre, dont l’aoriste second est ἔπαθον, d’où se fait πάθος passion : ils ne sont d’usage dans la langue françoise que lorsqu’il s’agit de la morale, & que l’on traite dogmatiquement des passions.

APATICHER. Ce mot, selon Borel, signifioit autrefois aller manger. Et délibéra de soi apaticher à la garnison plus prochaine. Juvenal des Ursins. Il n’est plus dans la langue.

APATURIES. s. f. pl. Fête que les Athéniens célébroient à l’honneur de Bacchus. Apaturia. Il vient du mot grec ἀπάτη, fraude. On raconte qu’elle fut instituée en mémoire d’une victoire frauduleuse, que Melanthus, Roi d’Athènes remporta sur Xanthus, Roi de Béotie, dans un combat singulier dont ils étoient convenus, sur un différent pour les limites de leurs états. C’est pour cela que Budée traduit & appelle cette fête, Festum deceptionis, la Fête de la tromperie. C’est le Scholiaste d’Aristophane qui en rapporte l’origine dans ses notes sur la comédie des Acharniennes, & sur celle de la paix. Suidas, qui le copie, ajoute que la fête duroit quatre jours ; & Harpocration le confirme. Hérodote, Liv. I, parle aussi des Apaturies. Le premier jour des Apaturies, ceux de la même tribu se traitoient, & cela s’appeloit Δόρπια. Le second jour qui s’appeloit Ἀνάρροσις, on faisoit des sacrifices à Jupiter & à Minerve. Le troisième, qui se nommoit Κουριῶτις, on recevoit dans les tribus les jeunes garçons & les jeunes filles qui étoient en âge. Le quatrième se nommoit Ἐπίϐδα. L’Auteur de l’Etymologique donne à cette fête une autre étymologie que celle qu’on a rapportée ci-dessus. Il dit que le troisième jour les jeunes Athéniens n’étoient reçûs dans les tribus qu’après que leurs peres avoient juré qu’ils étoient véritablement leurs enfans. Ainsi parce que jusque-là, ils étoient en quelque sorte censés être sans peres, ἀπάτορε, Apatores, c’est de-là que cette fête, selon cet Auteur, fut appelée Apaturies. Xénophon au contraire, Hellen, L. I. dit que les parens & les alliés s’assembloient pour cette cérémonie, & se joignoient aux peres des jeunes gens qu’on recevoit dans les tribus ; que c’est de cette assemblée que la fête a pris son nom ; que dans Ἀπατούρια, Apaturies, l’α loin d’être privatif, est conjonctif, & signifie la même chose que ὁμοῦ, ensemble ; comme dans ἄλοχος, qui signifie ὁμόλεϰτρος, & ἄϰοιτις, qui est la même chose que ὁμόϰοιτις, lecti consors.

On prétend qu’il y avoit aussi des Apaturies à l’honneur de Jupiter & de Pallas. C’est une erreur fondée sur les sacrifices qui se faisoient le second jour, comme nous l’avons dit, & qui n’étoient qu’une partie de la fête dont nous venons de parler, & non pas d’autres Apaturies différentes.

Strabon parle d’un temple consacré à Venus Apaturienne, c’est-à-dire, trompeuse, parce qu’elle avoit usé d’adresse pour tuer des géans. Elle avoit un temple qui lui étoit consacré sous ce nom dans un lieu nommé, à cause de cela, apaturus, dans la presqu’île de Corocondama, entre le Pont Euxin & le Palus Méotide.

Outre les Auteurs que j’ai cités, voyez encore. Natal. Com. Liv. 5, chap. 12. Franc. Rossæi Archæologiæ Atticæ. Livre 5, chap. 12. & Meurs. de Fer. Græc. p. 33.

APE.

APÉCHÉME. s. m. Terme de Chirurgie. Fracture du crâne dans la partie opposée au coup, ou hors de sa portée. C’est un mot grec : Ἀπήχημα, en latin resonantia, en françois contrecoup. Voyez ce mot. Col de Villars.

APÉDEUTE. s. m. Ignorant par défaut d’instruction, Ignarus. Ce mot, formé du grec ἀπαίδευτος, a été mis en françois par Rabelais, qui parle de l’île des Apédestes. Hors le style de Rabelais il n’est pas permis de se servir de ces sortes de termes. On dit aujourd’hui apédeute. Quiconque a aujourd’hui un peu de goût pour la lecture, a aisément l’esprit enrichi de plusieurs belles connoissances ; au lieu qu’auparavant ce n’étoit que par une étude pénible, & par un travail dégoûtant, qu’on pouvoit parvenir à n’être pas tout-à-fait illettré. De-là vient qu’autant qu’on se faisoit gloire autrefois de n’avoir aucunes lettres, autant il est honteux aujourd’hui d’être tout-à-fait apédeute : parce qu’il est très aisé d’acquérir quelque savoir, & que l’ignorance marque nécessairement, ou un entendement lourd & paresseux, ou un esprit léger, ou une éducation négligée,… Observation sur les écrits modernes. Il se forme une cabale d’apédeutes, qui ne pouvant se résoudre à une étude assidue de plusieurs années, ont entrepris de se faire un mérite de leur incapacité, de ridiculiser l’érudition, & de traiter la science de pédanterie… Huetiana. De l’α privatif, & de παιδεύω, erudio.

APÉDEUTISME. s. m. Ignorance des lettres, qui vient du défaut d’instruction. Faut-il donc priver le public des nouvelles lumières que l’on aura acquises par une pénétration singulière ? Non, ce seroit introduire l’apédeutisme dans le monde lettré ; & il n’y est déjà que trop introduit. Mém. de Trév. Mars 1735. Le mystère de Sainte Barbe, dont on voit la représentation dans l’histoire de la Comédie, fait voir l’apédeutisme presque incroyable de nos bons peres du XV siècle. Ibid. Mars 1736.

APELLÉE. s. m. Nom d’un mois des anciens Grecs. Apel-