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Ἀποϰρουστιϰός. Médicamens pour arrêter les humeurs malignes qui se jettent sur une partie infirme. Il est aussi adjectif. Les Remèdes apocroustiques sont ordinairement froids, astringens & composés de parties grossières ; en quoi ils différent des remèdes qui attirent, qui sont chauds & composés de parties subtiles. Le mot apocroustiques vient d’ἀπό, & de ϰρούω, pulso, pello, repello.

APOCRYPHE. adj. m. & f. Douteux, qui vient d’un auteur incertain, ou auquel on ne peut pas ajouter foi. Apocryphus, dubiæ fidei. Les Calvinistes accusent faussement beaucoup de livres de la bible d’être apocryphes ; comme Judith, Tobie, Esdras, les Machabées, &c. En matière ecclésiastique, on le dit de tout ce qui est écrit ou prêché par les Hérétiques, ou Schismatiques, & qui n’est point reçu par l’Eglise catholique. Vossius soutient que quand il s’agit de Livres sacrés, le mot d’apocryphe ne se donne qu’à des ouvrages, que ni la Synagogue, ni l’Eglise, n’ont point insérés dans leurs Canons, quoiqu’on les joignit avec la Sainte-Ecriture, & qu’on les lût même dans l’Eglise.

Ce mot vient du grec Ἀποϰρύπτειν, qui signifie cacher, parce que leur origine n’est point connue. Saint Jérôme dit qu’on a donné ce nom aux livres apocryphes, parce qu’ils contiennent les mystères cachés des Hérétiques. On peut dire que la signification de ce mot est douteuse, puisque les uns donnent ce nom simplement aux livres qui ne sont point dans le Canon de l’Ecriture, & les autres aux livres ou douteux, ou supposés. Il est certain du moins que le mot apocryphe signifie caché & secret. Tels étoient les livres des Sibylles, dont la garde étoit commise aux Décemvirs seulement. Par la même raison, les annales des Tyriens & des Egyptiens étoient appelées apocryphes. Avant la version des Septante, les livres de l’ancien Testament étoient apocryphes, à parler en ce sens. Dans la suite, les Chrétiens, à l’exemple des Juifs, changerent absolument la signification du mot, & appelerent apocryphes, des livres dont l’autorité est douteuse, & suspecte.

Le mot d’apocryphe dans sa première origine, signifie caché, & en ce sens-là tous les écrits qui étoient cachés dans les temples étoient appelés des apocryphes, parce qu’ils n’étoient point venus à la connoissance du peuple. Quand les Juifs publierent leurs livres sacrés, on ne donna le nom de Canoniques & Divins, qu’à ceux qui furent publics ; les autres qui demeurerent renfermés dans leurs archives n’étoient apocryphes, que parce qu’ils ne parurent point dans le public. Et ainsi il se pouvoit faire qu’ils fussent véritablement divins & sacrés ; mais ils n’étoient point reconnus pour tels. M. Isaac Vossius, qui convient que c’est-là la véritable signification du mot d’apocryphe, en a abusé dans son livre des Oracles des Sibylles, lorsqu’il prétend que ces livres ont été véritablement inspirés, & qu’ils ont même été lûs autrefois dans les Eglises, étant joints avec les autres livres sacrés qui composoient le recueil de la bible grecque des Septante.

On a donc nommé apocryphe, à l’égard de la bible, tout ce que les Juifs n’ont point mis dans leur canon des livres sacrés. C’est en ce sens-là qu’on lit dans S. Epiphane, que les livres apocryphes ne sont point dans l’arche ; c’est-à-dire, dans l’armoire où les Juifs enferment leurs livres sacrés. Scaliger qui n’a point entendu les paroles de S. Epiphane, les a corrompues en voulant les corriger. Il a cru, au contraire, que ce Pere a mis les apocryphes dans l’arche ; mais cette faute est si grossière, qu’il est surprenant qu’un si habile Critique y soit tombé. Aussi Sérarius, Jésuite, l’a-t-il relevée dans ses Prolégoménes. Suicérus a aussi fait la même chose dans son Trésor ecclésiastique, sur le mot Aron.

M. Simon prétend, dans ses réponses à quelques Théologiens d’Hollande, que si on lit avec attention les écrits des Apôtres, on y trouvera, que non seulement ils lisoient la bible en grec, mais les livres que les Protestans appellent apocryphes. Il croit que l’Eglise les a reçus des Juifs nommés Hellénistes, avec les autres livres de l’Ecriture Sainte. Si les Juifs de la Palestine, dit-il, ne les ont pas reçus, ce n’est pas qu’ils fussent apocryphes dans le sens qu’on donne présentement à ce mot ; mais parce qu’ils ne lisoient chez eux que les livres qui étoient écrits en hébreu. De ces Hellénistes ils sont passé à l’Eglise dès le temps des Apôtres ; leurs premiers disciples les ont aussi reçus, comme faisant une partie de la bible grecque.

Il est vrai qu’on oppose à cela l’autorité de plusieurs anciens Ecrivains ecclésiastiques, & principalement des Grecs, qui ont distingué ces livres, qu’on nomme apocryphes, de ceux qui sont dans le Canon des Juifs. Mais outre que ces anciens Ecrivains ecclésiatiques ne conviennent point entre eux touchant le nombre de ces prétendus apocryphes, on ne trouve point cette distinction appuyée sur le témoignage d’aucun Apôtre, ni d’aucun de leurs premiers disciples. L’Eglise de Rome, qui a toujours été considérée comme la principale Eglise du monde, n’a point aussi distingué ces deux sortes de livres : les Eglises d’Afrique les ont reçus également comme divins avant le concile de Nicée ; ce qu’on peut prouver par l’autorité de S. Cyprien. On peut assurer la même chose de l’Eglise d’Alexandrie, & l’on en trouve des preuves évidentes dans les écrits de S. Athanase. Car ceux où on fait dire le contraire à ce saint Evêque, ne sont point véritablement de lui.

On ne peut pas nier que S. Jérôme, le grand défenseur du Canon des Hébreux de la Palestine, n’appuie fortement l’opinion contraire, & qu’il ne dise même quelquefois que son sentiment est celui de toute l’Eglise. Mais il y a de l’apparence que ce S. Docteur a exagéré. S. Augustin qui lui est opposé, & qui vivoit dans le même temps que lui, parle tout autrement. Le Pape Innocent I, qui vivoit aussi dans ce temps-là, reconnoît pour livres divins, ceux que S. Jérôme met au nombre des apocryphes dans ses préfaces sur Tobie & sur Judith. Car il faut lire apocrypha dans ces deux préfaces, & non pas hagiographa.

On dit d’une nouvelle dont on doute, que c’est une nouvelle apocryphe : & pour marquer qu’on n’ajoute pas grande foi à celui de qui elle vient, on dit, que c’est un Auteur apocryphe. Acad. Fr.

APOCYN. s. m. Apocynum. Genre de plante, qui comprend beaucoup d’espèces tirées la plupart de l’Amérique. Celle qui nous est la plus commune vient de Canada, où elle est appelée Herbe de la ouate, ou le cotonnier. Ses racines sont blanchâtres, grosses comme le doigt, tracent & s’étendent fort loin. Elles donnent aux pointes plusieurs tiges hautes de six à sept pieds, garnies de feuilles opposées deux à deux, longues de six pouces sur moitié moins de largeur, & d’un vert pâle. Ses fleurs naissent par bouquets à l’extrémité des tiges & d’entre les feuilles. Elles sont soutenues chacune par des pédicules grêles & longs de deux pouces & demi. Chaque fleur est une cloche purpurine, renversée, rabattue en dehors, & découpée en cinq parties ; de son milieu s’élève un chapiteau formé par cinq cornets disposés en rond. Le chapiteau reçoit dans son centre le pistil, qui devient une vessie pointue, longue de trois à quatre pouces, & large de deux, arrondie, dans laquelle sont renfermées des semences appliquées les unes sur les autres, & chargées d’une aigrette fine & argentée. C’est de cette aigrette qu’on fait en Canada une ouate. Ces fleurs sont remplies d’une liqueur mielleuse qui attire les mouches, & elles y sont souvent prises & arrêtées, comme les oiseaux à la glu. De cette liqueur mielleuse on fait en Canada une espèce de syrop, qu’on réduit même en consistance de sucre. L’apocyn donne un suc laiteux en quelque endroit qu’on y fasse une incision. On a cru qu’il étoit pernicieux aux chiens, & c’est d’où vient son nom, de ἀπό, & de ϰύων, ϰύνος, comme si on vouloit dire que cette herbe éloigne les chiens. Il y en a une autre espèce qui a ses fleurs comme le muguet, & ses feuilles semblables à celles de la toute-saine, l’apocyn s’appelle encore cynanchon, cynomeron, & cynocrambe, mort aux chiens.