Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/550

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la vue arrêtée ; d’un homme irrésolu, qu’il n’y jamais rien d’arrêté avec lui. On dit, qu’une chose est arrêtée ; pour dire, qu’elle est conclue, déterminée.

☞ On dit en Peinture, qu’un dessein est arrêté, lorsqu’il est fini, & que les contours en sont déterminés avec justesse & sans indécision. Voyez Arrêter, terme de Peinture.

En termes de Blason, On dit qu’un annimal est arrêté, quand il est debout sur ses quatre pieds, sans que l’un avance devant l’autre, comme sont les animaux qu’on appelle Passans. Insistens, inhærens pedibus.

ARRÊTISTE. s. m. Auteur qui a fait un Recueil d’Arrêts. Compilateur d’Arrêts. Decretorum Collector, Compilator. C’est le même qu’Arrestographe. Montholon, Bouguier, Louet, font des Arrêtistes.

ARRHABONAIRE. s. m. & f. Nom de secte. Les Arrhabonaires sont des Sacramentaires, qui disent que l’Eucharistie n’est pas réellement le corps & le sang de Jésus-Christ, mais seulement le gage du corps & du sang de Jésus-Christ. Ἀῤῤαϐών, & Arrhabo, signifie gages, arrhes ; c’est de-là qu’ils ont été appelés Arrhabonaires. Ἀῤῤαϐών, & arrhaho, sont deux mots faits de l’hébreu ערבון. Voyez Arrhes.

ARRHE. s. m. Il s’est dit autrefois au singulier.

L’Echarpe sur ces mots décolère s’étant,
Va, faux gage, dit-il, loin de soi la jetant,
Dépôt d’une trompeuse, arrhe d’une infidelle,
Tu ne me feras rien désormais, non plus qu’elle.

P LE M.

☞ On ne le dit plus, Voyez Arrhes.

ARRHEMENT, ou ENHARREMENT. s. m. Terme d’Ordonnance & de Palais, & de Marchand de blé. Achat de grains en vert ou sur pied avant la récolte. Convention que l’on fait pour l’achat de quelque marchandise sur le prix de laquelle on paye quelque chose d’avance. Une Ordonnance de Henri III, de 1577, porte que les Marchands ne pourront faire achat de blés, ni arrhement d’iceux, à deux lieues près des villes auxquelles ils habitent.

ARRHEPHORIES. s. f. pl. Terme de Mythologie. Arrhephoria. Nom d’une fête chez les Athéniens. Elle avoit été instituée à l’honneur de Minerve, & elle se célébroit dans le mois appelé Scuirrophorion. C’étoit de jeunes enfans, ou, selon d’autres, de jeunes filles, depuis l’âge de sept ans jusqu’à onze, qui en étoient les ministres.

Ce mot est grec ἀῤῤηφόρια, & est dit par syncope pour ἀῤῥητοφορία, composé de ἄῤῥητον, mystère, secret, & φέρω. Je porte. On la nommoit aussi Hersiphories, Ἑρσιφόρια, de Hersé, fille de Cecrops, pour qui on faisoit cette fête

ARRHER. v. a. Donner des arrhes. Arrham dare. Il a peu d’usage. Les Ordonnances de Police défendent à tous marchands & regrattiers d’aller au-devant des laboureurs, & marchands forains pour arrher les grains & les marchandises, & de les acheter avant que d’être arrivées sur les ports. L’auteur du Traité de la Police écrit arrer. Arrer des grains, dit il, c’est acheter des grains en vert, ou sur pied, & avant la récolte. Segetem ad’huc slantem emere. ☞ Arrher des marchandises, c’est s’en assurer en donnant des arrhes.

Une Ordonnance de Henri III, de 1577, défend aux marchands d’acheter des grains en vert, ni iceux arrer avant la cueillette. Une Ordonnance de Louis le Grand de 1699, dit enarrher, & enarrhement, ou enarrer, enarrement. Racheter en argent, ou permuter en autres espèces la dixme de blé, ou en composer pour les années futures, se nommoit à Rome adærari ; d’où le mot d’arrer, dont nous nous servons à peu près dans la même signification, a pu tirer son orihine. De la Mar.

ARRHÉ, ÉE. part.

☞ ARRHES. s. f. pl. Arrha, arrhabo. Gage en argent, que l’acheteur donne au vendeur, pour Sureté du marché qu’il fait avec lui. Quelques-uns prononcent, & même écrivent arres. Dans le Diclionnaire de Droit, la prononciation du mot arrhes est ainsi marquée. On dit toujours, j’ai donné des airs. Il falloit au moins écrire des aires. Quoiqu’il en soit, on doit écrire & prononcer arrhes.

Les arrhes font un gage qu’on donne pour assurance de l’exécution de quelque marché qu’on a fait verbalement, & qui est ordinairement une avance d’une partie du prix convenu. Pignus, vas. En droit, qui rompt un marché, perd les arrhes qu’il a données ; ou si c’est celui qui les a reçues, il rend les arrhes doubles.

Les arrhes sont comme un gage que l’acheteur donne au vendeur en argent ou autre chose, soit pour marquer plus surement que la vente est faite, ou pour tenir lieu de payement de partie du prix, ou pour les dommages & intérêts contre celui qui manquera d’exécuter la vente. Ainsi les arrhes ont leur effet selon qu’il en a été convenu. Les Lois Civiles. T. I.

Arrhes, se dit figurément de ce qui marque assurance d’une chose, qui en est le gage. Recevez ce petit présent pour arrhes de ma bonne volonté. Tant de grâces spirituelles & temporelles sont comme les arrhes & les prémices des biens à venir. Port. R.

Donner des arrhes au coche, dans le sens propre, c’est s’assurer d’une place, en payant d’avance une partie de ce qui est dû pour la place. Au figuré, c’est s’engager dans une affaire, dans une société. Il ne peut plus reculer, il a donné des arrhes. Expression familière.

Ce mot est dérivé du latin arrha, qui est en usage dans cette langue, principalement chez les Jurisconsultes. Ceux-ci l’ont pris du grec ἀῤραϐών, & les Grecs de l’hébreu Arabon, qui signifie gage, & qui vient de ערב, arab, qui veut dire, trafiquer, promettre, donner des assurances, fide jubere.

Saint Paul s’est servi de ce mot arrhabon dans son épitre aux Ephésiens, chap. i, v. 14, où il est dit, que le Saint-Esprit est l’arrhe de notre héritage. Messieurs de Port-Royal ont traduit, est le gage & les arrhes de notre héritage. Il y a dans la Vulgate, pignus, c’est-à-dire, gage. Monsieur Simon, qui a conservé le mot de gage dans sla version, a ajouté cette notte : il y a dans le grec arrhe, comme si le Saint-Esprit avoit été donné par avance aux Fidèles en attendant qu’ils jouissent de l’héritage qui leur a été promis.

ARRIA GORRIAGA. Village de Biscaie, en Espagne, C’est l’ancienne Padura, ville de l’Espagne Tarragonoise.

ARRIANA, ou ARRIANE. Bourg de Barbarie, en Afrique. Arriana, abditana. Il est près de Tunis. C’étoit autrefois une ville épiscopale de la Métropole de Carthage.

ARRIÈRE. s. m. Terme de Marine. C’est la poupe d’un vaisseau, la partie qui en fait la queue ou le derrière, & qui est opposé à l’avant : c’est tout l’espace compris entre l’artimon & le gouvernail, tant dans les hauts que dans les bas du bâtiment. Puppis, pars navis posterior.

On dit, passer à l’arrière d’un vaisseau, lorsqu’on se met à la suite d’un autre vaisseau qu’on laisse passer devant. Navem præeuntem unsequi. ☞ Mettre un vaisseau de l’arrière, c’est le dépasser & le laisser derrière foi. On dit, avoir vent arrière ; pour dire, prendre le vent par poupe ; & alors arrière est une manière d’adjectif. Secundo uti vento. Le vaisseau qui porte vent arrière ne va pas si vite, que lorsqu’il est porté d’un vent de quartier, ou qu’il fait vent largue.

Arrière. adv. Qui se joint avec la particule en, & signifie, en reculant, à reculons. Aller en arrière. Demeurer en arrière. Ponè, retrorsùm, retro. C’est l’opposé d’en avant.

En Arrière, signifie encore en retard, en demeure. On dit qu’un fermier est en arrière, lorsqu’il n’a pas payé au terme où il devoit payer. Il est en arrière d’une année, d’un, de deux termes.

☞ On dit figurément & familièrement d’une affaire, qu’elle ne va ni en avant, ni en arrière ; pour dire, qu’elle est toujours dans le même état.