Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/597

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françois somme, ou du latin somnus, parce qu’autrefois assommer signifioit, dormir d’un profond sommeil.

Assommer, se dit aussi de toute mort violente. Mactare, Trucidare. Il est allé à la guerre pour se faire assommer. Il signifie aussi, tuer d’une manière cruelle. Ils assommoient les ennemis dans les rues. Vaug. Ils se voyoient assommer comme des bêtes. Id.

Assommer, se dit encore des coups violens, ou souvent réitérés. Percutere graviter. Ce maître assomme de coups ses valets. Cette marâtre assomme les enfans de son mari.

Assommer, se dit hyperboliquement des choses qui incommodent ou qui pesent trop. Opprimere, Obruere. En été les habits de drap assomment. Vous chargez trop ce cheval, cela est capable de l’assommer.

Assommer, se dit figurément des choses qui affligent ou incommodent beaucoup. Affligere. Cette affliction, la perte de ce procès l’a assommé.

Pour moi qu’un froid Ecrit assomme. Mol.

Je n’en puis revenir, & tout ceci m’assomme. Id.

On dit proverbialement, il faudra vous assommer ; pour dire, vous avez tant de santé, qu’à moins que quelqu’un ne vous tue, vous ne pourrez mourir.

ASSOMMÉ, ÉE. part. Il a les significations de son verbe en françois comme en latin.

ASSOMMOIR. s. m. Petit ais chargé d’une pierre, qu’on tend avec un appas & une languette, pour prendre des rats ou autres bêtes.

ASSOMPTION. s. f. Fête que l’Eglise célèbre en l’honneur de l’enlèvement miraculeux au ciel de la sainte Vierge en corps & en ame. Sanctissimæ Dei matris in cœlum assumptio. Cette fête n’est pas moins solennelle dans l’Eglise orientale que dans les Eglises d’occident. Il n’est point cependant de foi, que la sainte Vierge ait été enlevée au ciel en corps & en ame. Nos anciens Martyrologes, & entr’autres celui d’Usuard, parlent de’Assomption de la bienheureuse Vierge avec beaucoup de modération, comme si de leur temps l’Eglise n’avoit rien défini là-dessus. Voyez les Notes de Baronius sur le Martyrologe Romain au 15e d’Août. Mais ce seroit aujourd’hui une témérité de s’opposer à l’opinion commune ; & un Prédicateur qui avanceroit en chaire des propositions contraires à l’Assomption de la sainte Vierge en corps & en ame, choqueroit ; il seroit obligé de se rétracter, ou de s’expliquer publiquement, comme il arriva il y a quelques années à Paris. Et en 1696 la Sorbonne, dans la condamnation de Marie d’Agreda, protesta d’abord entr’autres choses, qu’elle croyoit l’Assomption de la sainte Vierge au ciel en corps & en ame. Entre les églises que le Pape Paschal orna, ou répara, il est fait mention de deux où étoit représentée l’Assomption de la sainte Vierge en son corps. Ce qui montre qu’on la croyoit dès-lors à Rome. Fleury, sur l’an 824. Cette fête s’appelle aussi la Mi-Août, à cause qu’elle arrive le quinzième d’Août. L’estampe qui représente le mystère de l’Assomption, s’appelle aussi Assomption. On a avancé, mal-à-propos, dans les précédentes éditions de ce Dictionnaire, que le plafond de la chapelle du Séminaire de S. Sulpice à Paris, est une Assomption de M. le Brun : c’est un sujet symbolique. On y voit le concile d’Ephèse & le triomphe de la sainte Vierge, qui fut déclarée dans ce concile Mere de Dieu ; c’est pourquoi Nestorius y paroît dans un fond, & dans une posture où il marque de l’horreur pour le Théotocos. On a aussi appelé autrefois Assomption, le jour de la mort de quelques Saints, comme l’Assomption de Saint Jean-Baptiste, ainsi que prouve du Cange.

En termes de Logique, Assomption, c’est la mineure ou la seconde proposition d’un syllogisme. Cette Assomption sera niée. Voyez Mineur & Syllogisme.

La fête de l’Assomption de Notre-Dame a donné le nom à quelques lieux, ou pays du nouveau Monde, ou parce qu’ils ont été découverts ce jour-là, ou parce qu’ils ont été dédiés à la sainte Vierge sous ce nom.

l’Assomption. Ville de l’Amérique méridionale, ainsi nommée à l’honneur de l’Assomption de la sainte Vierge. Assumptionis urbs. Elle est dans la partie du Paraguay que l’on nomme Rio de la Plata, c’est-à-dire, Rivière de la Plata, ou Rivière d’Argent. Elle est sur le Paraguay, quelques lieues au-dessus du lieu où il reçoit le Rio Piscomayo. Voyez la carte du Paraguay par Danville, Lett. édif. & cur. Rec. XXI. La ville de l’Assomption est métropole du Paraguay. P. Del Techo, Hist. Parag. L. I. C.16. Elle est à 300 lieues de Cordoue, à 150 de la Guairanie, à 700 de Lima, à 450 de Lauréte dans la Guairanie, à 100 de l’Urvaïque, à 20 lieues d’Itapua, & à 80 de Villarica. La ville de l’Assomption commença par une forteresse de même nom, que Gonsalve Mendoza bâtit en 1535 ; P. Del Techo, Hist. Parag. L. I. C. 8. La ville de l’Assomption fut ensuite bâtie par Irala en 1538. Elle est sous le 25e degré de latitude sud, à deux cens quarante lieues de la mer sur le bord du Paraguay, & à 40 milles (15 lieues) de son confluent avec le Parana. P. Del Techo, Hist. Parag. L. I. C. 11.

Il y a encore une ville de l’Assomption dans l’Urvaïque, à un jour de chemin par eau de la ville de S. Xavier. Voyez le P. Del Techo, dans son Hist. latine du Paraguay, L. I. C. 16 & 32. L. II. C. 2 & 24. L. IV. C. 26. L. V. C. 17. L. X. C. 28. L. XI. C. 3. L. XIII. C. 29. L. IX. C. 26.

La rivière de l’Assomption est une rivière du Canada qui tombe dans le fleuve de S. Laurent, près de l’ile de Montréal. Assumptionis fluvius.

L’île de l’Assomption, autrement Anticosti & Antiscoti. Assumptionis insula. Elle est dans l’Amérique septentrionale, entre l’ile de Terre-Neuve, & la côte du Canada propre, près du pays des Esquimaux, à l’embouchure du fleuve de S. Laurent.

ASSONDRER. v. a. Vieux mot. Borel dit qu’il semble dénoter, assurer on absoudre.

ASSONNANCE. s. f. Quelques-uns se servent de ce mot en Musique, pour signifier Consonance. Consonum.

Assonnance, en termes de Rhétorique & de Poësie, se dit d’une figure de mots qui ont même son ou terminaison, & qui ne riment pas, c’est-à-dire, qui n’ont qu’une ressemblance imparfaite de son dans leur terminaison ; richesse & commerce, soleil & immortel sont des assonnances. Les assonnances sont vicieuses en françois : les latins les ont quelquefois employées avec grâce. On l’appelle en latin, Similiter definens, & en grec ὁμοιοτέλευτον : comme, Militem comparavit, exercitum ordinavit, aciem lustravit, &c. On dit assonnance, en parlant de certaines rimes des vers Espagnols.

ASSONNANT, ANTE. adj. Terme de Poësie & de Rhétorique. On le dit plus particulièrement de certaines rimes des vers Espagnols. La rime assonnante est plutôt une ressemblance de son, qu’une véritable rime, par exemple, ligera, cubierta, tierra, mesa, peuvent rimer ensemble d’une rime assonnante, à cause que ces mots ont dans la pénultième syllabe un e, & dans la dernière un a. Les vers suivans sur la descente d’Orphée aux Enfers, ont des rimes assonnantes.

Dizen que baxò cantado
Y yo por cierto lo tongo
Que como baxava buido
Cantaria de contento. Quevedo.

Le second & le quatrième de ces vers ont des rimes assonnantes, les deux aunes ne riment point du tout.

ASSORATH. Terme de Relation. Nom d’un livre qui contient les Traditions des Mahométans, & les principes des Sages de leur loi. Traditio. Il tient le second rang, immédiatement après l’Alcoran. A. D. S. M.

ASSORÉE-BUND. s. f. C’est une des six sortes de soies qui se font dans les états du Mogol.

☞ ASSORTIMENT. s. m. Convenance, proportion entre les Parties. Convenientia. L’assortiment de ces couleurs est bien entendu. C’est un étrange assortiment qu’une fille de quinze ans avec un vieillard de quatre-vingt.

☞ On dit encore assortiment de couleur pour peindre.