Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/80

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Docteurs pour enseigner aux jeunes gens de leur nation la langue hébraïque, leur expliquer le Talmud, leur apprendre la Cabale, &c. Les Juifs n’ont eu de ces sortes d’Académies que depuis le retour de la captivité de Babylone. Les Académies de Tibériade, de Babylone ont été fameuses.

Quelques Auteurs ont employé ce terme pour signifier aussi ce que nous appelons Université. Il me vient quelquefois en pensée de parcourir les Académies de l’Europe, principalement celles de Paris, &c. Bouhours, Vie de Xay. L. III. L’Académie d’Oxford est si illustre, que son Chancelier est toujours un des premiers Seigneurs du Royaume. Larrey. Ce n’est pas parler assez juste. Il est vrai que M. Harris, dans son savant Dictionnaire des Arts, définit le mot Académie, une espèce de hautes Ecoles, ou Université, dans laquelle les jeunes gens sont instruits dans les Arts Libéraux & dans les Sciences ; mais il parle Anglois, & explique ce que signifie ce mot en Anglois. De même en Latin on appelle Académie, ce que nous appelons Université, & tout le viii livre de Lymnæus de Academiis, regarde les Universités. Mais quand on écrit en François, il faut distinguer ces deux choses, qui dans notre Langue sont fort différentes. Académie est une assemblée de gens doctes, qui tiennent entre eux des conférences sur des matières d’érudition. Université est un Corps composé de Docteurs, de Bacheliers, qui aspirent au Doctorat ; de Régens qui enseignent dans les Collèges, & de jeunes gens, ou écoliers qui étudient sous ces Régens. On peut cependant appeler Académies, les lieux où les jeunes gens étoient instruits & élevés. Ainsi l’on dit que pendant que les Romains étoient les maîtres de la Gaule, il y avoit des Académies à Autun, à Bordeaux, à Marseille, à Narbonne, à Tours & à Trêves. Le Gendre. Mais en parlant de nos temps, cela fait une équivoque qu’il faut éviter, en distinguant ces deux choses, Académie & Université, comme en effet l’usage les distingue.

Académie, se dit aussi des maisons, logemens & manèges des Ecuyers, où la noblesse apprend à monter à cheval, & les autres exercices qui lui conviennent. Epheborum Gymnasium. C’est ce que Vitruve appelle Ephebeum. Au sortir du collège on a mis ce gentilhomme à l’Académie. Newcastle dit que l’art de monter à cheval prit naissance en Italie ; que ce fut à Naples que la première Académie pour monter à cheval fut établie, & que Frédéric Grison, Napolitain, fut le premier qui en écrivit ; ce qu’il fit en vrai cavalier & en grand maître. Henri VIII fit venir en Angleterre deux Italiens, écoliers de Grison, qui remplirent le Royaume d’écuyers. Gui Allard dit que Pluvinel est le premier qui a établi en France des Académies pour apprendre à monter à cheval. Il étoit du Dauphiné. Newcastle dit aussi que le plus célèbre écuyer qui fut jamais en Italie, étoit à Naples & Napolitain, nommé Pignatel ; que la Broue monta cinq ans sous lui, Pluvinel neuf, & S. Antoine plusieurs années ; que ces trois François, qui firent leur apprentissage sous Pignatel, remplirent la France d’Ecuyers François, qui étoit auparavant pleine d’Ecuyers Italiens. Il croit que la Broue a été le premier qui a écrit en François de l’art de monter à cheval.

Académie, se dit non-seulement du lieu où l’on fait les exercices, mais des écoliers mêmes. Ce jour-là un tel Ecuyer fit monter toute son Académie.

Académie. Terme de Peinture. C’est une figure entière, dessinée d’après le modèle, qui est un homme nu, ou la copie d’un pareil dessein. Cette Académie ne m’a coûté qu’une heure de travail.

Académie, se dit abusivement du Brélan, ou des lieux publics où l’on reçoit toutes sortes de personnes à jouer aux dez & aux cartes, ou à d’autres jeux défendus. Les Juges de Police sont obligés de veiller à ce qu’on ne tienne point des Académies de jeu. Voulons que les ordonnances de Police pour chasser ceux chez lesquels se prend & consomme le tabac, qui tiennent Académie, brélans, jeux de hasard, & autres lieux défendus, soient exécutées. Ordonnance de 1666. Ces lieux que l’on appelle fort improprement Académies, mais beaucoup mieux du nom infâme de Brélan, tout homme d’honneur doit les éviter, & les loix les condamnent. De la Mare. Cet Auteur montre dans son Traité de la Police, L. III. Tit. iv. C. 2 & 3, que non-seulement les Peres & les Loix ecclésiastiques, mais les Loix civiles chez les Païens, ont défendu ces sortes d’Académies. Les maîtres de ces Académies étoient si infâmes & si odieux, que s’ils étoient volés ou maltraités dans le temps du jeu, ils n’avoient aucune action en justice pour en demander réparation. L. i. Præt. ait. ff. de alea. & ibi gloss. Ulpian.

ACADÉMIQUE. adj. m. & f. Qui appartient à l’Académie des Sciences, des Arts, des Belles-Lettres ; à des Académiciens, à des Gens de lettres. Academicus. Discours académique. Exercices Académiques. Questions Académiques.

On le dit quelquefois des personnes. Sujet Académique, homme qui convient à l’Académie.

ACADÉMIQUEMENT. adv. D’une manière académique. Academicè. Cette question a été traitée académiquement, pour dire, suivant la méthode des Académiciens.

ACADÉMISTE. s. m. Ecolier qui fit ses exercices chez un Ecuyer, qui apprend à monter à cheval, à faire des armes, à danser, &c. Equestris disciplinæ tyro. Les exercices du corps sont pour l’Académiste. L’exercice d’esprit pour l’Académicien.

ACADIE. Acadia. Grande province de l’Amérique septentrionale, entre le fleuve de S. Laurent & la nouvelle Angleterre. Elle a environ cent lieues d’étendue. Ce pays appartient aujourd’hui aux Anglois. Nul pays, disent élégamment les grands Vocabulistes, n’est plus abondant en gibiers & en poissons de toutes espèces que l’Acadie. Quel style, pour des réformateurs !

ACADINE. s. f. Fontaine de Sicile proche de deux lacs de soufre & de feu, nommés Delles. Elle étoit consacrée avec les deux lacs aux deux frères Paliques, fils de Jupiter & de la nymphe Thalie ou Actua, & fameuse par les preuves des sermens qu’on y faisoit. On ne doutoit point de la vérité du serment, lorsque les planches de bois sur lesquelles on avoit écrit le serment, alloient à fond : le serment étoit réputé faux & sur le champ le parjure étoit aveuglé, ou même brûlé par les flammes des lacs, lorsqu’elles surnageoient. Aristote, Etienne de Bysance, Diodore de Sicile, Le Clerc & Moréri parlent de cette Fontaine.

AÇAFRAN. s. m. Rivière d’Afrique, qu’on nommoit autrefois Quinalaf, & que quelques-uns appellent aujourd’hui Vetxilef. Acafranus fluvius. Il est dans le royaume de Tremecen. La ville de Col des Modechaves est sur le bord de Açafran.

☞ ACAGNARDER. Voyez Accagnarder.

ACAJA, autrement IBAMETARA. C’est un des plus grands arbres du Brésil, dont Pison parle, L. iv. c. 16. & qu’il distingue de l’Acajou dont il avoit parlé, c. 6. Il paroît cependant que ce n’est qu’une espèce de l’Acajou ; car il appelle aussi cet arbre Acaja iba, comme celui-ci.

ACAJOU. s. m. Arbre de l’Amérique de la hauteur de nos pommiers, branchu & chargé de beaucoup de feuilles. L’écorce de son tronc est ridée & cendrée. Son bois est rougeâtre, les feuilles sont sèches, fermes, luisantes, arrondies, & ont cinq pouces de longueur sur trois de largeur. Les extrémités de ses branches se terminent par un bouquet de fleurs panachées de rouge & de vert, d’une seule pièce taillée en entonnoir. De plus de cent fleurs qu’il y a quelquefois sur un bouquet, il n’y en a que trois à quatre qui nouent ; c’est le pistil de la fleur qui devient un fruit de la figure d’une poire grosse comme un œuf d’oie, qui, en mûrissant, est tantôt rouge, tantôt jaune, & tantôt également teint de ces deux couleurs, & dont la grande âcreté diminue à mesure qu’il mûrit. De l’extrémité de ce fruit pend une semence ou amande bonne à manger, revêtue de deux écorces, dont la première est gris de souris, & l’autre brune, entre lesquelles est

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