Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/996

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

du Bressan, au milieu des Alpes, qui est divisé en cinq communautés, dont Bormio est la capitale.

C’est dans cette ville que demeure le Gouverneur nommé le Podestà, que les Grisons y envoient tous les deux ans.

BORNAGE, s. m. Terme de Palais. Metatio. ☞ Opération juridique par laquelle on marque les limites d’un terrain par des grosses pierres qu’on nomme bornes. L’action de bornage peut être intentée, ou entre particuliers pour les confins de leurs héritages, quand l’un se plaint que son voisin entreprend sur son héritage ; ou entre les Curés, & les Décimateurs, pour les limites de leurs Paroisses, ou de leurs dîmages ; ou entre différens Seigneurs, pour les limites de leur territoire, & de leur Juridiction. Voyez le Nouveau Praticien François de Pimont.

BORNAGER. v. n. Terme de Bateliers de la Loire. C’est piquer obliquement le bâton ou rivereau dans le sable du côté que le bateau est emporté par le cours de l’eau, en sorte que le bateau venant à heurter contre le bout du bâton que le batelier tient, & qu’il dirige contre le rebord d’une planche, ou contre des entaillures faites exprès au bord du bateau pour donner prise au bâton, le bateau soit repoussé de l’autre côté. Lintrem conto opposito repellere. On ne bornage guère que dans les grands bateaux, comme chalans, sapinières, &c. Dans les petits on pousse à l’épaule. Les bateliers de la Seine, au lieu de bornager, disent bouter.

☞ BORNE, s. f. Ce mot signifie en général tout signe de limites : & cette définition convient tant au propre qu’au figuré. Meta. Nicot dérive ce mot du grec βούνος, qui signifie tumulus, acervus, monceau, parce que les premières marques des bornes étoient des mottes ou élévations de terre, que Rigaut dit avoir été appelées botones en termes d’arpentage. Du Cange dit que dans la base latinité on appeloit une borne, bonna, banda, bodina & bodula : d’où l’on a fait les autres mots de boonne pour borne, de booner pour borner : d’où l’on a fait aussi abonagium & asbonagium, & esbonare, pour dire, mesure & mesurer.

☞ Le mot de borne exprime une marque fixe & certaine qui sert à terminer un champ, un territoire, une province, un état, & à séparer l’un de l’autre.

☞ Il y a des bornes naturelles, comme une rivière, une forêt, une chaîne de montagnes, &c. Il y en a d’artificielles, telles que sont des murailles, des remparts, des fossés, ou même des pierres de distance en distance, & quelquefois des lignes imaginées depuis un terme dont on est convenu, jusqu’à un autre terme. Quelques pays ont des bornes naturelles, comme l’Espagne & l’Italie, qui sont l’une & l’autre environnées par la mer, comme les presqu’îles, & jointes au continent : celle-ci par les Alpes, & celle-là par les Pyrénées. Telles étoient autrefois les Gaules, lorsqu’elles étoient bornées par le Rhin, les Alpes, la mer Méditerranée, les Pirénées & l’Océan. Les bornes de l’Allemagne sont artificielles, & ont varié en différens temps. La France qui les a communes avec elle de ce côté là, a souvent éloigné ou rapproché ces bornes selon les succès qu’elle a eus dans la guerre.

Les bornes d’un champ sont des pierres ou d’autres marques qui servent à séparer un champ d’avec un autre. Cette prairie a pour bornes d’un côté la rivière, de l’autre un bois. Les Seigneurs qui ont des bois ou des terres près des forêts du Roi, ont été obligés, par la dernière Ordonnance des Eaux & Forêts, d’y faire des fossés pour leur servir de bornes. Les Arpenteurs qui plantent des bornes, sont tenus d’y laisser des témoins, qui sont des tuileaux ou autres marques dont ils chargent leur procès verbal. Les Juges ordonnent souvent qu’une pierre qu’on prétend servir de borne y sera levée, pour voir si on y trouvera des témoins.

☞ La haie vive, buisson, terre ou borne, étant entre pré & terre, vigne ou bois, sont réputés être du pré, & non de la terre, vigne ou bois. Loisel.

☞ Numa Pompilius mit les bornes des terres au nombre des choses sacrées : il fit entendre qu’elles étoient sous la protection du Dieu Terminus, & défendit de les changer de place, à peine de la vie. De la Mare.

☞ Il se trouve quelques Seigneurs qui ont marqué les bornes des terres qu’ils ont données, avec la pointe de l’épée ; manière qui a quelque chose de noble, & donne lieu de croire que les personnes de qualité commençoient à porter toujours l’épée. Lobineau. Il parle du commencement du XIIIe siècle. Rindenus a fait une dissertation sur les pierres qui servent de bornes. Christ. Adami Rindeni Dissertatio de diversitare lapidum finalium, eorumque jure, dans laquelle on trouve tout ce que le Droit, l’Histoire ancienne & moderne peuvent fournir sur ce sujet, & elle est pleine de critique.

Bornes, dans le sens figuré, se dit de tout ce qui empêche de passer outre, de ce qui contient une chose dans sa sphère, de tout ce qui est regardé comme les limites d’une chose. On passe les bornes de son pouvoir, de la raison, de la modestie, de son sujet, &c. On met, on donne des bornes à son ambition : on se prescrit des bornes : on va au de-là, on les franchit, &c. Un homme sage se tient toujours dans les bornes du devoir, intrà officii fines. Il n’y a que la Religion qui puisse nous consoler des bornes étroites de notre vie. Nic. Quand on est un peu raisonnable, on fait donner des bornes à ses désirs. Modum statuere cupidinibus. La vaillance a ses bornes comme toutes les autres vertus, & elle doit être accompagnée de prudence. Voit.

☞ On confond souvent les mots de bornes, limites & terme. M. l’Abbé Girard apprend à les distinguer, & les caractérise ainsi. Le terme, dit-il, est où l’on peut aller. Les limites sont ce qu’on ne doit point passer. Les bornes sont ce qui empêche de passer outre. Le terme est un point. Les limites sont une ligne. Les bornes sont un obstacle.

☞ On approche ou l’on éloigne le terme. On resserre ou l’on étend les limites. On avance ou l’on recule les bornes.

☞ Le terme & les limites appartiennent à la chose ; ils la finissent. Les bornes lui sont étrangères ; elles la renferment dans le lieu qu’elle occupe, ou la contiennent dans sa sphère. Le détroit de Gibraltar fut le terme des voyages d’Hercule. On a dit avec plus d’éloquence que de vérité, que les limites de l’Empire Romain étoient celles du monde. La mer, les Alpes et les Pyrénées sont les bornes naturelles de la France.

☞ Le terme de la prospérité arrive souvent dans le moment qu’on projette de ne plus donner de limites à son pouvoir, & qu’on ne met aucunes bornes à son ambition.

☞ Je ne vois le terme de nos maux que dans le terme de notre vie. Les souhaits n’ont point de limites ; l’accomplissement ne fait que leur ouvrir une nouvelle carrière. Nous ne sommes heureux que quand les bornes de notre fortune sont celles de notre cupidité.

Borne, se dit par extension, des pierres qu’on met à côté des portes & le long des murailles d’un bâtiment, pour empêcher qu’elles ne soient endommagées par les voitures.

Borne de Cirque. Terme d’Antiquité. C’étoit chez les Grecs une pierre en forme de cône qui désignoit & déterminoit la longueur du stade, & qui régloit chez les Romains la course des chevaux dans les Cirques & les Hippodromes. Meta.

☞ BORNER. v. a. Mettre des bornes, séparer des héritages voisins & aboutissans les uns aux autres, en y plaçant de nouvelles bornes, ou en rétablissant les anciennes qui auroient été déplacées. Metas figere, statuere, limitari. On a borné ce vignoble. Les Juges ont ordonné un transport sur cet héritage, pour le faire mesurer & borner par un Arpenteur.

Borner, signifie aussi limiter, resserrer dans un certain espace, dans une certaine étendue. Terminare, circumscribere. Cette rivière, ce grand chemin, ce fossé bornent cette prairie de trois côtés. La mer & les Pyrénées bornent l’Espagne.

☞ Dans cette acception on dit que des coteaux, des prairies, &c. bornent agréablement la vue, pour dire, la terminent agréablement.

☞ On le dit aussi des personnes par rapport à leurs